AIFIE

L’Association Internationale Francophone d’Intelligence Economique (AIFIE) a été créée en janvier 2008 avec le soutien effectif du secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, M. Abdou DIOUF, du Recteur CERQUIGLINI de l’Agence universitaire de la Francophonie et du Président Stève GENTILI du Forum Francophone des Affaire, du Haut responsable en charge de l’intelligence économique auprès du gouvernement français, M. Alain JUILLET, du vice-président de l’Assemblée des chambres française de commerce et d’industrie M. Michel DIEUDONNE.

site Internet : www.aifie.org

 

Philippe CLERC

 

Philippe Clerc est conseiller expert en intelligence économique internationale à CCI France. Président de l’Association internationale francophone d’intelligence économique, il préside depuis 2013 le comité d’orientation sur l’intelligence économique de l’ITC  à Genève.

 

 


ÉDITORIAL DE PHILIPPE CLERC – Février 2018

Au cœur des intelligences stratégiques  francophones et transfrontalières

Notre Association a participé à deux évènements  notables concernant la dynamique francophone de l’intelligence économique et stratégique. Ils ont eu lieu à la fin de l’année 2017 au Maroc, sur le continent africain. Les 2èmes Assises africaines de l’intelligence économique et la 5ème Rencontre internationale de l’Université ouverte de Dakhla sur le thème « La nouvelle économie mondiale ont permis de replacer l’intelligence économique francophone au cœur des enjeux de l’émergence africaine et des grandes ruptures  mondiales.  Les réflexions ont mis en exergue l’ampleur des défis et  la nécessité de bâtir une intelligence économique et stratégique francophone transnationale, respectant les cultures et les organisations locales. Partager les intelligences pour relever  les défis et les menaces d’une  grande zone euro-africaine à bâtir.

En effet cette dernière,   se vit comme « un ensemble de problèmes « crisogènes » qui sont autant d’insécurités communes – économiques, environnementales, démographiques, migratoires, et produites par le cyberespace,  les fondamentalismes religieux et les groupes terroristes. Autant d’insécurités majeures qui  obèrent l’intégration des économies africaines dans les chaines de valeur mondiale.  La grande zone en est devenue « une préoccupation planétaire ».  Seule l’invention de nouvelles solidarités transnationales et transfrontalières  permettront  de construire un futur, de quitter les ruines et d’avancer sur les semences et les richesses locales maîtrisées vers un  développement indispensable.  La France, l’Europe et les pays d’Afrique sont ici convoquées afin de dessiner le  chemin commun et renforcer leur  communauté de destin.  Cette ambition fut affirmée lors des  deux évènements que je relate: bâtir et partager  les intelligences stratégiques indispensables pour recouvrer et préserver une liberté d’action, pour  sortir, ensemble,  des dépendances que j’ai eu l’occasion de définir ici, et reprendre de l’ascendant  grâce à une stratégie partagée de sécurité économique globale.  En effet, la sécurité économique, pilier de l’intelligence économique et stratégique,  est apparue comme l’épicentre des réflexions.  Nous l’avons entendue pour la francophonie, éminemment transfrontalière,  comme un ensemble de mesures visant protéger et promouvoir des intérêts stratégiques, au sein d’une nation, mais aussi d’un ensemble de nations, d’une communauté de destin.

Le professeur Driss Guarraoui, secrétaire général du CESE du Royaume du Maroc, président de l’université ouverte de Dakhla, l’a parfaitement illustré dans son allocution introductive des 2ème Assises africaine d’intelligence économique lorsqu’il a appelé à définir dans le grand espace euro-africain,  une politique de sécurité économique globale.  Et l’Université ouverte de Dakhla consacra un panel à l’intelligence économique et à la sécurité globale. Ce fut l’occasion d’affirmer que l’efficience d’une stratégie de sécurité globale, ici, transfrontalière, adressant l’ensemble des risques et des occasions de développement, était inséparable  d’un arrimage territorial. La sécurité économique globale repensée trouve  alors un écho d’efficacité dans le concept de sécurité profonde partagé, pensé comme « une sorte de système immunitaire commun, un instinct capable de réagir au moindre danger et de l’identifier, de s’adapter et de le contrôler. Un souhait pour conclure : que l’OIF entende ces communautés de pratique et ces réflexions prospectives en élargissant à  la sécurité globale la remarquable feuille de route consacrée en 2017 à la cyber sécurité et la cyber défense dans son guide éponyme.

 


ÉDITORIAL DE PHILIPPE CLERC – octobre 2017

« En fait l’Europe doit aller plus loin. Elle doit se vouloir puissance civile globale au service du développement soutenable dans le monde ». Romano Prodi, 2000.

La Francophonie, selon nous, constitue à part entière un de ces acteurs nouveaux et collectifs qui émergent de la mondialisation en métamorphose. En même temps, nous sentons bien que la Francophonie, notamment la Francophonie économique, cherche encore une stratégie d’intégration pérenne dans la mondialisation, au-delà des déclarations d’intention. Cela représente pour ses membres, ses militants et ses promoteurs un vrai défi d’intelligence des situations et des contextes et appelle la constitution d’une francophonie puissance.

Notre conviction est que face au délitement des solidarités, face à l’expansion des insécurités, des risques globaux  et à l’accroissement des conflits dans le monde,  la Francophonie doit revenir en force comme acteur comptant sur l’échiquier des communautés régionales de la mondialisation. Il est, selon nous, indispensable que la Francophonie se positionne dans la mondialisation comme acteur stratégique, politique et économique. En effet, si la richesse de sa diversité l’avantage, son absence de vision stratégique et ses faiblesses structurelles l’handicapent. Elle doit donc tenter de retrouver des marges de manœuvre et renforcer l’indispensable quête collective et solidaire de paix, de justice et de liberté à l’échelle de l’humanité. Pour cela ne pourrait-elle pas alors choisir de se construire comme « une puissance normative » en produisant des normes culturelles, juridiques, de gouvernance, voire techniques, affichant ainsi « une stratégie préférentielle pour la norme » ?  Nous voulons signifier ici une incitation à influencer le monde par des idées forces et des normes. La Francophonie se distinguerait ainsi comme un de ces nouveaux acteurs collectifs, dont la puissance et le pouvoir d’influence a considérablement augmenté avec la mondialisation (alliances régionales, ONG, métropoles, écosystèmes industriels…).  Il est alors urgent que la Francophonie et bien sûr la Francophonie économique, définisse une stratégie de puissance basées sur l’identifications de la souveraineté à préserver pour la transformer en levier d’influence normative dans au moins trois champs essentiels :

  • La souveraineté culturelle : la promotion de la diversité du patrimoine culturel doit devenir le levier de « la maximisation du potentiel intellectuel francophone » pour fabriquer de la norme culturelle ;
  • La souveraineté économique : la définition de secteurs et d’activités stratégiques, incluant le marché des idées et des industries culturelles, constitue l’action prioritaire d’un retour à l’influence dans le domaine de la normalisation.
  • La souveraineté numérique : le combat de la Francophonie pour la diversité culturelle trouve dans la bataille déterminante de la protection et d l’utilisation des données issues des usages de l’internet un champ d’application normatif majeur.

Pour conduire ces batailles, il devient alors indispensable que les institutions et les acteurs de la Francophonie s’engagent à développer des capacités d’intelligence des risques globaux (climatiques, démographiques, sociaux, sanitaires, industriels, technologiques, perte de substance culturelles) et développent une vision de la sécurité globale.

L’Association internationale francophone d’intelligence économique et ses membres sont engagés dans cette action afin d’apporter, aux côtés du Forum Francophone des Affaires, leur pierre à cet édifice sous forme de réflexion et d’actions.