Éditorial de Pascal DROUHAUD

PascalDrouhaud

PASCAL DROUHAUD

Promoteur et développeur de projets, manager d’équipes industrielles sur le terrain, Pascal  Drouhaud est spécialiste de l’Amérique latine. Il est l’auteur de nombreux articles dans les revues spécialisées sur les questions liées au financement du développement et à l’actualité internationale. Il est régulièrement invité sur le réseau média monde France 24 et RFI afin d’apporter un éclairage sur les sujets économiques et sociaux touchant l’Amérique latine et l’Afrique de l’Ouest. Président de l’association LATFRAN (Amérique latine-France) www.latfran.fr

Cartes de la Caraïbe et de l’Amérique latine 

source : Ministère des Affaires étrangères (France)


ÉDITORIAL – MAi 2018

Cuba veut poser les bases de son offre de plateforme économique

L’accession au pouvoir du nouveau Président cubain, M. Miguel DIAZ-CANEL BERMUDEZ vient de placer Cuba sous les feux de l’actualité. Le processus engagé qui accompagne une évolution politique sur le long terme doit cependant se poursuivre avec une volonté de rendre le pays attractif pour les entreprises. Des réformes ont été engagées dès 2010 comme l’autorisation de micro entreprises dans 500 métiers. La création de la zone franche au port de Mariel est emblématique de l’ambition cubaine d’en faire à terme le « hub régional » des Caraïbes.

Même si Cuba reste la première économie régionale des Caraïbes, les défis sont de taille : sur le plan de l’agriculture, du numérique, de l’ouverture économique. La Havane met désormais l’accent sur certains secteurs d’activités : le tourisme, l’énergie renouvelable, la santé, le développement urbain, les transports, le secteur agro-alimentaire. Le maintien de la double monnaie, le CUC et le péso reste un handicap économique et renforce un système à deux vitesses. Le nouveau Président sait bien qu’il lui faudra, à terme, s’atteler à ce problème économique majeur.

Au niveau bilatéral, une déclaration conjointe sur la reprise de la coopération a été signée à la Havane le30 Novembre 2010.

Pour autant, l’économie cubaine reste toujours fragile, dépendante de différents secteurs clés exportateurs qui permettent de financer son modèle socio-économique. Affectée par les difficultés que traverse son plus grand partenaire, le Venezuela, Cuba doit faire face à une contrainte de liquidités qui a provoqué en 2016 la première récession depuis 25 ans (évolution de -0,9% du PIB). Les autorités ont cependant annoncé une reprise dès 2017 avec 2% de croissance. Mais il lui faudrait parvenir à 7% pour enclencher une dynamique de développement soutenu.

L’annonce historique d’un rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats-Unis en 2014, l’assouplissement de l’embargo qui s’en est suivi et le fort intérêt des investisseurs étrangers pour ce pays aux côtés de l’essor considérable du tourisme depuis quelques années, offrent cependant des perspectives encourageantes. Malgré le durcissement de Washington depuis 2017, le niveau des « remesas », des flux financiers émanant de la communauté cubaine établie à l’étranger, principalement aux USA, reste élevé : plus de 3 Mds€ par an. Le premier poste de revenus est constitué du « prêt » des médecins dans le monde (60.000), procurant près de 6 Mds €/an. Mais, la complexité du cadre macroéconomique, les difficiles conditions de financements continuent d’être des entraves à l’installation des entreprises étrangères.

La relation entre la France et Cuba s’est renforcée sur le plan économique ces dernières années, notamment grâce au le soutien français dans la conclusion d’un accord sur la dette cubaine à moyen et long terme avec le groupe de créanciers du Club de Paris, le 12 Décembre 2015, autorisant l’accès à de nouveaux investissements internationaux. Les entreprises françaises manifestent un intérêt certain pour le marché cubain.

Chaque événement bilatéral constitue d’ailleurs l’occasion aux entreprises nationales, de rappeler leur présence. Le volume des exportations françaises vers Cuba avoisine 150 M€. Les investissements français à Cuba représentés par une trentaine de bureaux de représentation notamment Bouygues Bâtiment international, Accor, Pernod Ricard, Air France, Comptoir des Caraïbes, Havana Club, Total, Alcatel, offrent un socle solide à cette relation. Une feuille de route économique conjointe définit le cadre et les secteurs prioritaires (tourisme, santé, énergie, développement urbain, transports, agro-alimentaire) de la relation bilatérale et des actions françaises.

L’Agence française de développement est mobilisée pour soutenir des projets identifiés et par la mise en place des financements pour appuyer les investissements que feront les entreprises françaises . La France fait partie des 10 premiers partenaires économiques de Cuba, l’Union européenne étant pour sa part le premier partenaire commercial de La Havane, avec 22% des échanges commerciaux en étant au 1er rang pour les importations cubaines et 2ème rang pour les exportations.

La relation avec la France se développe également à travers des échanges scientifiques et universitaires notamment dans les domaines des biotechnologies, de l’agronomie, de l’environnement, de la médecine, des sciences exactes et de l’ingénierie. L’enseignement et la diffusion de la langue française s’appuient sur les Alliances françaises de la Havane et de Santiago, seuls centres culturels étrangers autorisés et très fréquentés avec près de 10.000 élèves dans la capitale. Cette promotion francophone se vérifie dans le cadre de la promotion d’une présence de qualité lors des événements culturels comme la biennale d’art contemporain, le Festival international de théâtre, le Festival du film français de Cuba.

Ces axes assurent une présence permanente établie, offrant autant de garanties à une relation bilatérale qui exige de s’inscrire dans la durée pour compter non seulement dans le cadre de la relation bilatérale mais également pour renforcer une présence régionale.


ÉDITORIAL – Avril 2018

La République dominicaine, une économie des Caraïbes ouverte sur le monde

Avec ses 48.320 kilomètres carrés et 10.65 millions d’habitants la République dominicaine a voulu réorienter son économie vers les zones franches et le tourisme après avoir longtemps été centrée sur les exportations agricoles.
1ère destination touristique des Caraïbes, ce secteur d’activités emploie près de 300.000 personnes et représente 6.1% du PIB. Ce chiffre pourrait même atteindre 12% si les activités générées par le tourisme dans les activités des transports, de la construction et du commerce y étaient associées. La République dominicaine bénéficie d’importants transferts de fonds, les fameuses « remesas » des dominicains vivant à l’étranger (près de 2 millions de personnes dont plus de la moitié aux Etats Unis).
Le taux de croissance reste élevé, autour de 6% . Cependant, l’économie dominicaine reste fortement dépendante des Etats-Unis qui absorbent la majeure partie de ses exportations et fournissent la moitié des entrées touristiques. 1er client (49%), 1er fournisseur (41%), les Etats Unis occupent une place de choix, loin devant d’autres pays, client de la République dominicaine : Haiti (14%), le Canada (9%), l’union européenne (7%). Les fournisseurs sont après les Etats Unis, la Chine (12%), le Mexique (6%), le Vénézuéla (5%), Trinidad et Tobago (5%).
L’environnement des affaires s’est amélioré après la crise des années 2000. Le secteur bancaire bénéficie aujourd’hui de bons niveaux de liquidités et de rentabilité. La République dominicaine favorise l’ouverture extérieure de son économie en renforçant ses liens internationaux : entrée en vigueur de l’accord de libre échange DR-CAFTA (Dominican republic- central american free trade agreement ) avec les Etats unis, participation au CARIFORUM, accord de partenariat économique avec l’union européenne (APE) depuis 2008.
La présence de la République dominicaine au sein du Système d’intégration centraméricain (SICA), ouvre à ce pays les marchés le marché centraméricain. Au delà, le Mexique et l’Amérique du sud, par le biais de l’Amérique centrale deviennent plus facilement accessibles. Le Mexique est un des fournisseurs de la République dominicaine (6%) et appartient, comme la Colombie, le Pérou et le Chili, à l’Alliance du Pacifique.
Cet espace peut devenir paradoxalement, une nouvelle frontière économique pour la République dominicaine qui voit la Chine devenir un de ses fournisseurs ( à hauteur de 12%). En développant ses liens avec le Mexique et en s’arrimant à l’Amérique du Sud par la Colombie ou le Chili qui développe une stratégie visant à être un pôle économique et financier attractif en Amérique du sud, la République dominicaine aura consacré un désenclavement en pouvant regarder vers l’Asie-Pacifique d’une part et l’Europe de l’autre.
La scène régionale reste bien naturellement la priorité de ce pays . mais en élargissant ces dernières années, son réseau diplomatique en ouvrant des représentations en Inde, au Qatar, en Egypte, en Russie, en Afrique du sud, la République dominicaine reste attentive à toute opportunité de nouveaux partenariats.
La République dominicaine est membres de l’Organisation internationale de la francophonie. Dans cet espace, la France est un allié. Elle est le 15ème partenaire commercial et 7ème investisseur de la République dominicaine. Celle-ci est pour sa part, le 1er partenaire commercial de la France dans les Caraïbes et son second client après Cuba.
Les relations commerciales ont connu une croissance dans les années 2000 grâce à des opérations d’ampleur : Orange avait racheté un opérateur local , les entreprises Thalès, Alstom, CIM/TSO ont réalisé la 1ère ligne de métro de Saint Domingue renforçant la diffusion du savoir faire technologique français. Poma, Vinci, se snt rapidement implantées. Ce sont plus de 140 sociétés françaises qui sont désormais représentées en République dominicaine avec de nombreuses PME/PMI  dans les services.
Les investissements français concernent principalement la distribution (Carrefour), le tourisme (Accor, Club Méditerranée, Nouvelles frontières), l’industrie (Air liquide ; Arcelor Mittal), les transports (Air France), l’énergie (Schneider, Legrand) la pharmacie (Sanofi-Aventis- et l’immobilier.
Cet environnement favorable, des affaires permet de développer une coopération scientifique et culturelle importante et marquée, notamment, par la promotion de la langue française dont l’enseignement est obligatoire dans les écoles dominicaines. Les cinq alliances françaises accueillent 4500 élèves, le développement de programmes de formation et d’enseignement à distance, notamment en lien avec l’Université Antilles-Guyanne qui a ouvert un master « Français langue étrangère » ,les partenariats universitaires avec l’IEP, l’ENA, les Universités de Savoie, de Pais, d’Aix-Marseille, de Bordeaux, les liens avec la région Guadeloupe créent un tissu dense en faveur de l’apprentissage du français et d’une intégration plus aisée dans l’espace francophone.
Depuis 2009, l’Agence française de développement (AFD) et sa filiale Proparco ont développé leurs opérations et interviennent, sous forme de prêts, pour plus de 300 Millions d’Euros, dans les domaines portant sur la protection et la valorisation des ressources naturelles, l’aménagement territorial et urbain et le soutien au secteur privé.
La République dominicaine s’est engagée dans une stratégie visant à élargir son champ de présence internationale : aux côtés d’une relation privilégiée avec les Etats-Unis, ce pays a renforcé sa position dans les Caraïbes et son environnement régional : Amérique centrale avec le SICA ; Alliance du Pacifique par le biais du SICA et ses relations avec le Mexique, une des principales économies de cet espace commercial dynamique regroupant avec le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili . A travers cette Alliance, c’est l’espace Asie-pacifique qui s’ouvre tandis que les relations avec l’union européenne permettent un équilibre avec l’hémisphère occidental. Autant dire que la France, l’Union européenne et l’espace francophone ont une place à développer et consolider avec ce pays allié dans la région des Caraïbes.

 


ÉDITORIAL – MArs 2018

Le Chili veut se transformer en une plateforme économique régionale
 
La solidité économique du Chili permet au nouveau Président, M. Sébastian PINERA, d’affirmer la volonté de faire du chili une plateforme économique régionale. Membre de l’OCDE, le Chili dispose d’une économie libérale et marquée par le multilatéralisme.
Considérée comme l’une des plus développées des grands pays d’Amérique latine (PIB de 259 Milliards USD en 2017 derrière le Brésil, le Mexique, l’Argentine et au même niveau que la Colombie, le Chili voit ses indicateurs macroéconomiques virer durablement au vert.
Son PIB par habitant est le plus élevé de la région andine. Il est de plus de 14.000 USD (le double de la Colombie et du Pérou). Le Chili est porté par une évolution très favorable des termes de l’échange depuis le début des années 2000. Il a enregistré des performances importantes ces dernières années, avec 4,9% de croissance en moyenne sur la période 2000-2013, supérieures à la moyenne latino-américaine.
Si la croissance s’était ralentie entre 2014 et 2016 pour avoisiner 2% après un ajustement du prix du cuivre (qui représente la moitié de ses exportations), le FMI a annoncé une croissance de 1,7% en 2017 avant un rebond plus net de 3% en 2018 et 3,2% en 2019.

Cette réalité offre au Président PINERA et à ses ministres du pôle économique, parmi lesquels l’excellent Ministre de l’économie et des finances, M. Felipe LARRAIN, l’opportunité de s’inscrire dans la durée et d’offrir à ses partenaires le schéma d’une plateforme régionale.
Le Chili est un pays très marqué par une approche multilatérale. Marché latino-américain et nord américain, Asie-Pacifique, Europe sont les zones habituelles de ses exportations.
Son ouverture commerciale le distingue dans la région, situation renforcée par un climat des affaires attractif et une gestion saine de ses finances publiques. Malgré un creusement du déficit public ces dernières années (-2,9% en 2016), les finances publiques demeurent saines. La dette publique chilienne a atteint 24 % du PIB en 2016 (restant la plus faible du continent latino-américain).
Cette position est consolidée par les avoirs accumulés dans les fonds souverains (fonds de stabilisation alimenté par les recettes du cuivre, et modèle chilien de retraite par capitalisation représentant 95% du PIB). La dette extérieure brute du Chili a atteint 65% du PIB en 2017 . Elle reste largement dominée par la dette des agents privés et des entreprises ( au ¾). Les pressions inflationnistes de 2014 et 2015 se sont atténuées en 2016 (hausse de 2,7%) et 2017 (2,5%) avec une anticipation de 2,4% en 2018.
Sur le plan structurel, le Chili fait face au défi de diversifier ses exportations (le secteur minier capte encore plus de la moitié des IDE). Le taux d’investissement total se situait en moyenne autour de 24% du PIB entre 2011 et 2015, mais autour de 18% en excluant le secteur minier, un chiffre encore peu élevé pour un pays émergent.

La solidité de la position extérieure du Chili est reflétée par sa notation souveraine, AA3 par Moody’s, A+ par S&P et A par Fitch, la plus élevée en Amérique latine. Il jouit également de l’un des plus bas taux de pauvreté du sous-continent (8,9%). Cependant, il reste encore le pays de l’OCDE le plus inégalitaire.
L’économie chilienne est très ouverte aux marchés extérieurs. La part asiatique et Pacifique se taille la part du lion : l’APEC, (Etats-Unis inclus), représentent 69% de ses exportations. 28,5% se font avec la Chine, 8,5% vers le Japon et 6,9% vers la Corée du sud. L’Union européenne représente 12,6% de ses débouchés.
Le Chili est marqué par sa position favorable à la défense du multilatéralisme. Il a signé 26 accords de libre-échange avec 64 économies (représentant 85% du PIB mondial). Il a par exemple, conclu, avec l’Union européenne à partir de 2002, un accord d’association en Amérique latine qui a permis le doublement des échanges entre les deux blocs.
L’Union européenne et le Chili sont convenus de le moderniser en 2018 (1er round de négociation engagé en Janvier dernier).
Autre champ d’action privilégié par le Chili, l’Alliance du Pacifique. Elle regroupe 4 pays latino-américains de la façade pacifique (Chili, Pérou, Colombie et Mexique représentant 40% du PIB du sous-continent). La France en est membre observateur. Cette Alliance a pour objectif, un projet d’intégration régionale incluant la libre circulation des personnes et l’harmonisation réglementaire. Après le retrait des Etats-Unis, le Chili a souhaité réaffirmer l’importance du maintien du Partenariat Transpacifique (TPP 11) dont il a été un des trois membres fondateurs du traité dès 2002.
Sur le plan bilatéral, la France est le 10éme investisseur étranger. Le stock d’investissements directs est de 3,3 milliards € à fin 2016 (supérieur à la Colombie) et indirects d’environ 8 milliards €. Les trois quarts des entreprises du CAC 40 y ont une présence significative au Chili. 240 filiales d’entreprises françaises (troisième position régionale et seconde en Amérique du sud derrière le Brésil) étaient présentes au Chili en 2017 (contre 160 en 2010, soit une progression de plus de 50% en sept ans). Ces filiales ont réalisé en 2016 un chiffre d’affaires d’environ 5,5 milliards d’€ (dont 1 Md € pour Engie) et employaient près de 48.000 personnes (dont 19.000 pour Sodexo, 1er employeur français du pays). 2éme marché d’exportation de la France en Amérique du sud (975 M€ en 2017 en hausse de 37% par rapport à 2016) derrière le Brésil et devant l’Argentine et la Colombie, le Chili est un pays où les entreprises françaises investissent : par exemple Engie (1er marché d’investissement en Amérique latine avec près de 3 milliards USD d’IDE), EDF (1 milliard de stock, second marché d’investissements dans la zone après le Brésil), ADP-Vinci Airport (investissements actuels et à venir de 1 milliard USD dans la concession de l’aéroport de Santiago), Total Solaire (plus de 500 M€), mais aussi Air Liquide (4 unités de production au Chili), Airbus Hélicopters (centre d’assemblage et de maintenance pour le cône sud), L’Oréal (une unité de production), Lactalis (rachat de 4 unités de production de fromages début 2017 pour 100 MUSD) y développent leurs activités.
Plus que jamais, l’ambition du Chili visant à devenir une plateforme régionale est possible. La France peut jouer un rôle important et à travers elle, implanter l’espace francophone dans un pays qui ne cesse de développer ses partenariats internationaux.


ÉDITORIAL – Février 2018

Argentine : défis et enjeux de la nouvelle ouverture économique

 

 

Introduction

Le 10 décembre 2015, M. Mauricio Macri, ancien maire de Buenos Aires,  a officiellement pris ses fonctions de Président de la République argentine, succédant ainsi à 7 années de présidence de Mme Cristina Fernández de Kirchner.

Mauricio Macri accède à la tête de la troisième économie d’Amérique latine isolée des marchés internationaux de capitaux, ravagée par une inflation de plus de 20% et avec un taux de change du peso surévalué.

 

1) L’alternance et une nouvelle voie économique

C’est la première fois dans l’histoire de la démocratie argentine que le président élu n’est ni péroniste, ni du parti radical. M. Mauricio Macri est le représentant du parti de centre droit libéral « PRO » (Propuesta Republicana, coalition de partis argentins de droite avec le parti radical).

Il hérite d’un bilan lourd qui ne lui permettra pas une grande marge de manœuvre :

  • Une inflation parmi les plus élevées au monde (des estimations privées la mettent à environ 25% par an).
  • Un déficit budgétaire qui a atteint 7% du PIB d’ici la fin de l’année 2015.
  • Un taux d’imposition à des niveaux record en termes historiques.
  • Une banque centrale en faillite, avec une valeur nette négative de 8 600 milliards de dollars.
  • Un marché des changes qui détruit le commerce international et viole les libertés élémentaires.
  • Une dette publique impayée de 10 milliards de dollars environ.

(source :  http://la-chronique-agora.com/argentine-mauricio-macri/ )

 

Dès l’annonce de sa victoire, le Président Macri a annoncé son intention d’ouvrir le pays au capitaux en levant le contrôle sur les changes et le commerce. Il a mis fin au bras de fer entre l’Argentine et les détenteurs d’obligations souveraines du pays qui, par deux fois, en 2005 et 2010, ont rejeté les rééchelonnements de la dette nationale (il a fait du règlement du contentieux avec les fonds spéculatifs « dits fonds vautours » une priorité). Pour cela, il a créé un gouvernement technique avec des personnalités issues des milieux économiques et de la société civile.

D’autre part, il a rassuré les investisseurs en voulant restaurer le contact avec les Etats-Unis mais aussi l’Europe et les organismes multilatéraux. Sa présence au dernier sommet de Davos, ses rencontres notamment avec le Président Macron, mais également ses visites en République populaire de Chine, en Russie, dans les pays du Mercosur visent à réinsérer l’Argentine dans un tissu économique international indispensable à l’économie de l’Argentine.

2) Quels changements économiques et sociaux 

Dès les premiers mois de son mandat, le Président Mauricio Macri a pris toute une série de mesures qui ont fait l’objet de décrets présidentiels.

Sur le plan économique, M. Mauricio Macri a par décret, supprimé plusieurs impôts :

  • sur l’exportation du blé, du maïs et de la viande
  • sur l’exportation des produits d’extraction minière (or, argent, cuivre, autres métaux)

Il a baissé de 35 à 30% les impôts sur l’exportation du soja.  Parallèlement, il a octroyé une aide de 500 millions de dollars aux industries pétrolières dont Total. Il a volontairement affaibli les ressources de l’Etat dans le but de réduire le poids de la régulation étatique, rompant ainsi avec l’excès d’interventionnisme étatique de la Présidence Kirchner.

Sur le plan social, le Président a suspendu le mécanisme paritaire de négociations salariales pour six mois et indiqué un plafond d’augmentation de 25% en relation à un objectif d’inflation du gouvernement pour l’année 2016.

L’objectif premier des deux premiers mois de la présidence de M. Mauricio Macri a été  de rassurer les investisseurs internationaux et de tourner l’Argentine vers l’extérieur dans l’optique d’arriver à  la résolution du contentieux lié aux fonds spéculatifs.

Le 30 mars 2016, Mauricio Macri a connu sa première victoire politique suite au vote du Congrès adoptant une loi autorisant le gouvernement, à solder, avec des fonds spéculatifs le contentieux sur la dette héritée  de la crise économique de 2001. Cet accord a donné la possibilité à l’Argentine d’en finir avec un conflit qui l’empêchait de lever des fonds sur les marchés internationaux de capitaux .

Après le règlement des dettes vis-à-vis du FMI, de la Banque Mondiale, du Club de Paris et l’indemnisation de Repsol, un solde de tout compte a permis de marquer le retour de l’Argentine.  Ce processus s’inscrit dans la volonté d’une normalisation de l’économie après des années de protectionnisme. Ceci étant, l’inflation, de 25% en 2017, reste le problème majeur de l’Argentine qui renoue avec la croissance (+2.8% en 2017, après une récession pour la période 2014-2016).

3ème économique latino-américaine, l’Argentine se voit fortement encouragée dans ses efforts par la communauté internationale en assumant cette année, la présidence du G20. Sa candidature à l’OCDE, son adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie comme observateur, indiquent la normalisation en cours de ce pays qui a des relations historiques avec la France. L’Argentine est le 3ème partenaire commercial de la France en Amérique latine (1.83 Mds€ en 2016). 250 groupes français sont présents en Argentine  portant la part des investissements à 3.8 Mds€. Les secteurs agroalimentaires (Danone, Lesaffre, Louis Dreyfus), la production automobile (PSA, Peugeot, Citroen, Renault) , les hydrocarbures (Total), la distribution (Carrefour, Casino), la santé (Sanofi ; Aventis ; Servier) , le secteur des cosmétiques (L’Oréal, Pierre Fabre), le tourisme et l’hôtellerie (Accor) constituent autant d’entreprises marquant la présence française en Argentine.

La coopération culturelle et linguistique est emblématique de la force de la relation bilatérale : ce sont 1000 jeunes Argentins qui viennent chaque année étudier en France, autant en Argentine. La coopération scientifique par exemple est marquée par plus d’une centaine de projets de recherche bilatéraux. Des partenariats sont établis dans des domaines divers : ECOS-Sud (mobilité de chercheurs), Bernardo Houssay (mobilité de jeunes doctorants), Saint Exupéry (thèses en cotutelles), BEC-AR (bourses en master.

2018 sera l’année de l’Amérique latine. L’évolution politique du continent et surtout, le retour de la croissance conduisent ce continent, à l’exemple de l’Argentine, à renforcer les échanges dans le continent et sur le plan international. La France et avec elle, l’Europe et l’espace francophone ont un rôle de premier plan à jouer. C’est maintenant, en Amérique latine , que se joue l’avenir.

 


ÉDITORIAL – Janvier 2018

L’Alliance du Pacifique : vers nouveaux horizons économiques internationaux

 

L’Alliance du Pacifique rassemble les principales économies latino-américaines. Regroupant le Chili, le Pérou, la Colombie et le Mexique, cette communauté économique ne cesse de se développer depuis sa création le 28 Avril 2011 dans le cadre de l’Accord du Pacifique, établi au Pérou. L’Argentine et l’Equateur sont désormais membres observateurs au même titre que la France , l’Allemagne, l’Amérique du Nord, la Turquie, la Chine ou l’Inde.

Cela signifie que se joue là aussi, un positionnement économique important, permettant non seulement de développer et renforcer une présence sur un continent qui est très attendu en 2018 mais aussi vers le Pacifique.

Pour la France, il s’agit de marquer une présence économique auprès des membres fondateurs de cette Alliance, qui disposent de fonds souverains et d’une volonté d’intégration économique.

L’élection en Décembre 2017, de M. Sébastien Pinera à la Présidence de la République du Chili renforce à terme cette logique : le plan stratégique d’infrastructures porte autant sur le développement interne que sur l’ouverture de nouvelles perspectives notamment dans la fibre optique, les communications terrestres (routes, le ferroviaire). Dans le courant de l’année, les élections présidentielles en Colombie mais également au Mexique permettront de donner une nouvelle impulsion politique au projet économique de l’ensemble.

En effet, l’Alliance du Pacifique a pour objectif d’approfondir l’intégration des économies des pays membres et de renforcer la relation avec le Pacifique sur la base d’accords commerciaux bilatéraux. Selon la Déclaration de Lima, l’objectif de cette coopération est d’encourager l’intégration régionale, au service de la croissance, du développement et de la  compétitivité des économies concernées afin de créer une zone de libre échange par la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.

L’Alliance du Pacifique constitue la seconde grande structure d’intégration d’Amérique latine, aux côtés du Mercosur. Consolidation de l’espace économique, renforcement de la logique d’intégration et recherche de nouveaux espaces économiques et d’exportations ont constitué ces dernières années les priorités de l’alliance du Pacifique.

2018 va offrir l’opportunité de s’engager dans un dialogue avec le Mercosur. L’Argentine que préside M. Mauricio Macri, qui a fait une grande partie de sa carrière dans le privé, est un signe fort. Le Brésil, au lendemain des prochaines élections présidentielles , pourrait s’inscrire dans cette logique et donner ainsi le signal d’un retour par la voie économique sur le continent latino-américain. Le Chili s’investit en Amérique latine mais regarde aussi d’autres destinations vers le Pacifique, notamment la Polynésie française qui est elle même à la recherche de relations avec ce pays d’Amérique du sud.

Cette ligne stratégique économique n’est pas anecdotique : elle constitue pour ce continent le moyen d’exister par lui-même à l’heure où de nouveaux partenaires marquent leur intérêt et présence : la Chine bien entendu qui occupe une position désormais leader en terme d’investissements et de part de marchés export, notamment au Brésil, en Colombie, au Pérou.

La Turquie a marqué sa volonté de nouer des liens commerciaux avec les pays latino-américains. La visite historique du Président Recep Erdogan au Chili et au Pérou (en plus de l’Equateur) en Janvier 2016, avec une délégation d’une centaine d’entrepreneurs, n’est pas passée inaperçue.

La France, et avec elle, l’espace francophone a un rôle à jouer. Le savoir faire notamment dans le domaine des infrastructures, adossé au secteur des travaux publics, l’excellence dans le domaine des technologies de pointe (défense, air, espace, numérique) et les services, constituent autant d’atouts dans un environnement concurrentiel mais ouvert aux initiatives nouvelles. L’Alliance du Pacifique représente un marché de près de 200 millions d’habitants tandis que les Etats membres constituent 55 % des exportations latino-américaines.

Elles représentent 35 % du PIB de l’Amérique latine. Les deux seuls pays latino-américains membres de l’OCDE, le Mexique et le Chili, font partie de l’Alliance du Pacifique. La Colombie est très engagée dans le processus d’adhésion.

Autant dire que le positionnement économique de ces pays va se consolider sur la scène internationale, leur procurant d’autant plus de force en Amérique latine. Si le Mercosur (qui regroupe le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Vénézuéla (actuellement suspendu) est apparu depuis sa création en 1991 comme une initiative dynamique, la donne a changé depuis quelques années.

Les alternances politiques en Argentine, au Brésil, et dernièrement au Chili, ouvrent une porte à une approche plus pragmatique, favorable au libre échange et donc, plus compatible avec les objectifs de l’Alliance du Pacifique. Ceci étant, l’idée d’une fusion reste à ce jour, lointaine et hypothétique tant l’approche en faveur du libre échange est avancée avec les économies de l’Alliance du Pacifique par rapport à celles du Mercosur.

Ouvrir et garantir de nouveaux marchés pour les économies de l’Alliance du Pacifique est une priorité notamment dans le cadre de l’accord transpacifique qui a été mis à mal en 2017 par les Etats-Unis. Le resserrement des liens notamment avec la Chine et la Corée du Sud est une conséquence de cette situation, tandis que la relation avec l’Union européenne peut bénéficier d’une nouvelle dynamique grâce aux perspectives positives de l’Alliance du Pacifique.

Source : Alliance du Pacifique

 


ÉDITORIAL – Décembre 2017

L’Afrique : vers le retour de nouvelles perspectives économiques

 

Le XXIème siècle doit être celui de l’Afrique. Une croissance démographique qui conduit à un doublement de la population du continent d’ici 2050, des besoins exponentiels afin de répondre aux besoins en matière d’accès à l’énergie, à la mobilité, à l’internet, tout portait à penser que l’Afrique allait gagner sa place dans un monde ouvert, marqué par la compétition économique et une offre de plus en plus diversifiée. Force est de constater que les années passées ont été contrastées tant en terme de croissance économique, qu’en terme de développement humain tandis que la pression sécuritaire semblait jeter une ombre sur l’Afrique.

            Les indicateurs économiques depuis 2017, et pour 2018 voire 2019 font apparaître une inversion de la tendance : la croissance du PIB de l’Afrique était de 2.4% en 2017. Elle avoisinera les 3.4% en 2018, 4% en 2019. Elle était de 1.3% en 2016. Certains pourront douter de l’homogénéité de l’optimisme économique en rappelant que les économies du Nigéria, de l’Afrique du Sud, de l’Ethiopie, et des pays de l’UEMOA tirent cette croissance. Mais elle marque sans doute un tournant dans un continent où si le secteur agricole a retrouvé des couleurs, les entreprises concernées par l’adaptation à la préservation environnementale et l’implantation de l‘e-économie constituent des secteurs porteurs dans un environnement international transformé.

La Chine, les Etats du Golfe arabique, la Russie, l’Inde, constituent autant de pôles d’influence nouveaux ou restaurés. Tout comme les Etats-Unis ou l’Union européenne, ils entendent acquérir ou renforcer les instruments d’une présence internationale. Pour y parvenir, ils se dotent non seulement des instruments de défense naturels à cette puissance, mais acquièrent et maîtrisent les technologies indispensables pour peser sur les affaires du monde. Les pays émergents sont désormais au nombre de 65. Ils étaient 12 en 1990. Ils représenteront 60% du PIB mondial en 2030.

Et l’Afrique n’est pas en reste. Le Maroc, l’Algérie, l’Egypte, l’Afrique du Sud, le Mozambique, la Namibie, l’Angola, le Botswana, l’Ethiopie, la Tanzanie, le Nigéria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou le Ghana portent, avec d’autres, haut les couleurs d’une Afrique qui se relève.

L’Afrique est parvenue à démultiplier ses échanges commerciaux avec de nouveaux pôles de puissance, au premier rang desquels la Chine bien entendu. Mais le Brésil, l’Inde, certains Etats du Golfe arabique ne sont pas en reste. Il est vrai que les perspectives macro-économiques restent spectaculaires : l’Afrique retrouve les voies de l’essor économique après un ralentissement au début de la décennie.

En 2030, les pays riches représenteront 38% de la production mondiale. Leur part était de 62% en 2000. La part des pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) au PIB mondial sera alors de 57% contre 49% actuellement.

L’Afrique est entrée de plein pied dans la mondialisation. Les échanges sud-sud, Chine-République démocratique du Congo par exemple, ou Kenya-Golfe arabique, ont été multipliés par 10 depuis 1990. Les échanges au niveau du monde l’ont été pendant la même période, par 4. La Banque mondiale évalue à près de 93 milliards de dollars par an, les besoins en infrastructures du continent durant la décennie qui s’annonce. Il est plus que temps de définir une stratégie industrielle fondée sur un partenariat avec l’Afrique si nous voulons participer au changement africain du XXIème siècle.

Cette croissance est favorisée par une démographie très forte : le continent africain va multiplier par deux son nombre d’habitants au cours des quarante prochaines années. La population africaine est de 900 millions d’habitants aujourd’hui. Elle en comptera 1.8 milliards en 2050. Un milliard de personnes vivront alors, dans les villes. Ce sont déjà près de 40 villes de plus d’un million d’habitants qui se développent. Des mastodontes comme le Caire, Lagos, Kinshasa constituent autant de moteurs régionaux permettant d’accompagner les villes de demain.

Un tiers des Africains seront considérés comme solvables économiquement d’ici à 2050, proches des « classes moyennes » telles qu’elles sont définies en occident. Bien entendu, les marchés qui pourraient s’ouvrir aux entreprises sont à la hauteur de ces défis. Autant dire que les besoins portant sur la gestion urbaine, comme l’assainissement des eaux ou la gestion des déchets sont énormes. Que dire des exigences en matière de mobilité et des transports urbains ? Avons-nous conscience des infrastructures dont l’Afrique aura besoin pour satisfaire la demande sur le plan énergétique ? Déjà, ce sont 30% du potentiel hydroélectrique mondial qui se trouvent en Afrique. Il est plus que temps de définir une stratégie industrielle fondée sur un partenariat avec l’Afrique si nous voulons participer au changement africain du XXI ème siècle.

Enfin et surtout devrions-nous dire, la dette des Etats africains représente 50% de leur PIB. Elle est, aux Etats-Unis et en Europe, de plus de 80% du PIB ! Cela signifie que les Etats disposent d’une marge encore suffisante pour financer leurs grands projets d’infrastructures. La demande de formation technique et professionnelle ne peut qu’augmenter. Une main d’œuvre qualifiée peut naître de cette révolution qui se répand sous nos yeux. Que ce soit à Dakar, Ouagadougou, Nairobi, Le Caire, Kigali, Luanda ou Johannesburg, partout la volonté de participer à la vague numérique et à la course aux infrastructures côtoient la fierté d’une identité assumée et retrouvée.

La France a raison de vouloir accompagner les efforts de l’Afrique visant à acquérir une place légitime au sein des institutions mondiales. Un partenariat politique est à inventer. Contribuer à faire du développement africain un modèle notamment en matière de lutte contre le réchauffement climatique, est une ambition à portée de main. Pour y parvenir, nous devons tous comprendre que les marchés en expansion de l’Afrique, constituent une chance pour nos entreprises. Cette conscience côtoie les priorités que sont l’emploi, la formation professionnelle et l’enseignement technique. L’harmonisation fiscale entre les pays est un objectif qui deviendra important dès lors que les coopérations régionales se développeront.

Il ne s’agit pas, pour autant, d’être naïf. Des problèmes en matière de sécurité perdurent. Des menaces comme la présence de mouvements terroristes dans la bande du Sahel, au Nord du Nigéria, la piraterie notamment dans l’Océan indien ou le Golfe de Guinée, un trafic de drogue agressif, existent. Des conflits ou des tensions perdurent, notamment dans l’Est du géant congolais, dans l’Ouest du Soudan ou dans les sables du Sahara.

La gouvernance reste dans certains pays, un problème de fond. Mais désormais, une fierté africaine apaisée et retrouvée, a complété les efforts longtemps portés par des hommes et des femmes d’exception comme le Sud-africain Nelson Mandela, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, la Kenyane Mangari Maathaï ou le Ghanéen John Agyekum Kufuor.

L’Afrique devient un marché d’avenir. Lui est-il possible de ne pas reproduire les schémas du passé ? L’Afrique est-elle condamnée à exploiter des matières premières sans en contrôler le prix et les voir transformées et manufacturées ailleurs ? A elle de se mobiliser pour rompre ce cycle.

L’émergence d’une demande intérieure et d’une politique industrielle pour certains d’une part, la dotation d’infrastructures pour amorcer une consommation nouvelle par ailleurs, peuvent accompagner une meilleure distribution des richesses tout en assurant un retour de l’Etat dans l’unité nationale pacifiée au sein d’un continent d’avenir.

 

Source : www.cartograf.fr/continent-afrique

 


ÉDITORIAL – octobre 2017

Amérique latine :

Quels enjeux pour les intérêts économiques français?

Peut mieux faire ! Telle pourrait être finalement, la caractéristique des relations entre la France et avec elle, l’espace francophone et l’Amérique latine.

En effet, le réalisme économique, la prise de conscience des entreprises de la diversité d’un continent qui compte, avec la région des Caraïbes 33 pays, ne parviennent pas à effacer un jeu de séduction qui a toujours marqué les relations entre la France et l’Amérique latine. Devant une concurrence internationale, marquée notamment par la présence chinoise depuis les années 2000 et plus récente, turque, la France ne peut que se féliciter de ses liens historiques, avec une densité culturelle et linguistique avec l’Amérique latine. Si les concurrents européens sont principalement espagnols et allemands, la France, qui est terre latino-américaine et caribéenne, doit pouvoir développer sa présence sur le continent.

La transition démocratique à la fin des années 80 et la stabilité politique de l’Amérique latine dans les années 1990-2000, ont favorisé le développement économique de la zone. Au sortir des années 2000, deux schémas étaient établis sur le continent : une approche libérale, renforcée après la chute du Mur de Berlin par des accords de libre échange notamment avec les Etats-Unis et doublés d’une ouverture vers les marchés européens et asiatiques, et une approche alternative, fondé sur une approche plus dirigiste de l’Etat. La décennie 2010 constitue un laborieux retour à la réalité : la chute des cours des matières premières, les difficultés politiques connues par le Brésil empêtré dans le scandale Pétrobras, l’alternance en Argentine et le lent retour vers une relance de l’économie, la crise au Vénézuéla et ses conséquences régionales, ont conduit le continent à voir sa croissance économique se ralentir et passer d’un taux global autour de 4% durant les années 2000 à une perspective de 1.1 pour l’année 2017 (source : Cépal).

Rien n’aura été épargné au continent qui avait dès 2008 subi le ralentissement économique mondial et les retombées négatives de la financière (chute des monnaies et des bourses, restriction des conditions de crédit, baisse des transfert financiers des migrants, les fameuses « remesas »), crises politiques au Brésil, au Vénézuéla, crise en Argentine avec une alternance qui produit ses premiers effets favorables, en 2015.

Et pourtant, la reprise commence à se dessiner une nouvelle fois, notamment au Brésil renforcée par une amélioration argentine. Le Chili devrait s’engager sur la même voie au lendemain des élections présidentielles de Novembre 2017.

La paix en Colombie contribue à renforcer la demande interne et à faire de la Colombie une terre favorable aux investissements.

En effet, en termes d’intérêt commercial pour la France, il est important de comprendre que l’Amérique latine apparait plus comme une terre d’investissements que d’exportation. Les entreprises françaises ont investi, souvent de longue date, dans la région : les flux d’IDE français vers l’Amérique latine avoisinent 2.5 Mds € en 2016, le stock d’IDE dans la région atteignant près de 23 Mds € ce qui représente près de 2.5% du stock d’IDE français dans le monde. Les entreprises françaises ont connu des sorts différents au fil de la décennie écoulée : des incertitudes ( dans le secteur des hydrocarbures notamment, en Bolivie, au Vénézuéla, en Equateur, des revers (dans les concessions de services publics en Argentine et en Bolivie). Mais elles rencontrent de beaux succès : les filiales en Amérique latine constituent pour les groupes français, d’excellents centres de profits.

L’Amérique présente de nombreux avantages :

  • elle constitue une puissance agricole et écologique. Aves ses 8 millions de km2 de forêts, 26% de l’eau douce de la planète, 90.000 espèces de plantes intéressant la recherche médicale, l’Amérique latine possède un potentiel économique important, en raison notamment du développement des biotechnologies à venir.
  • Elle compte des marchés importants illustrés notamment par le Brésil, le Mexique, le Chili. Le Brésil par exemple, est le 5ème marché mondial de téléphonie mobile, la production de véhicules au Brésil et au Mexique reste forte ( respectivement avec près de 3 et 2 millions/ an)
  • Les exportations françaises sont en croissance régulière en Amérique latine qui absorbe environ 2.5% de nos exportations ( Asie : 9.5/Amérique du Nord : 6.5) mais la part de marché reste faible (autour de 2.3%)

Pourtant, la gestion de la croissance urbaine (le taux d’urbanisation est de 79%) , impliquant les infrastructures urbaines, le soutien à la croissance urbaine (gestion de l’eau, des déchets, des routes, de la mobilité en général ), le développement de la grande distribution, les besoins d’une société en évolution (secteur cosmétique par exemple), le secteur des infrastructures, l’énergie renouvelable, l’hotellerie, les services, les technologies de pointe en matière dans le secteur de la sécurité et défense) constituent autant de secteurs en croissance. Les entreprises françaises y ont un savoir faire reconnu et savent s’adapter à une demande parfois innovante : par exemple, les téléphériques comme à Rio, Médellin ou Guayaquil, constituent une offre nouvelle et répondant à la demande latino-américaine).

Finalement, la France et avec elle, ses entreprises, innovantes, avec une technologie de premier ordre, ne peuvent que développer leur présence dans un continent qui offre des opportunités de croissance.

La présence de l’Agence française de développement (l’AFD) peut renforcer un soutien financier crédible. Finalement, comme souvent, la présence de la France se pose en terme d’ambition internationale, les entreprises portant, parfois sans le vouloir, une part de l’image d’un pays qui est apprécié et peut apparaître comme une 3ème voie, une force  alternative économique, industrielle, numérique conçue comme un partenariat et un soutien au développement économique et social de l’Amérique latine.