Éditorial de Danièle KÜSS

Photo D.Küss jpg
Danièle KÜSS

Expert indépendant en Tourisme international après avoir été Chef du Pôle Développement international du Tourisme au Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Chargée des affaires internationales à la sous-Direction du Tourisme du Ministère de l’Economie et Secrétaire générale de la Conférence Permanente du Tourisme rural.


ÉDITORIAL – Avril 2018

Lors de l’ITB de Berlin, l’un des deux plus grands Salons internationaux du Tourisme, le 8 mars, les Ministres africains ont donné une nouvelle impulsion au programme d’action de l’OMT pour l’Afrique pour les quatre prochaines années. Le document final sera adopté lors de la réunion de sa Commission Afrique du 4 au 6 Juin prochain à Abuja au Nigeria.

Ce fut l’occasion de rappeler que les arrivées de touristes internationaux ont augmenté de 8% en Afrique en 2017, pour la deuxième année consécutive, donc à un rythme supérieur à la moyenne mondiale. Ce chiffre est d’autant plus important que, du fait de sa transversalité, le Tourisme est un levier précieux de développement, global et intégré pour tous ses territoires. A condition bien sûr d’être géré dès le départ sur un mode durable du point de vue économique, social et environnemental.

Les participants venus de 17 pays (dont 14 ministres) se sont mis d’accord sur une méthode et un programme d’action dont les principaux points sont notamment la connectivité, la réduction de la pauvreté, l’éducation, le renforcement des compétences, les changements climatiques, la biodiversité et les financements. Ils se sont engagés à sensibiliser l’ensemble des acteurs économiques de leurs pays à l’ampleur de l’impact de ce secteur sur les autres « afin d’élever le Tourisme au rang de priorité d’action nationale ». Une nouvelle réflexion a également été engagée sur ce que pourrait être la « Marque Afrique ».

Déjà à Madrid, le 18 janvier, lors de la FITUR, l’autre grand Salon international du Tourisme, INVESTOUR avait réuni près de 30 Ministres africains du Tourisme dans un Forum unique au monde sur les investissements et les opportunités d’affaires en Afrique dans le secteur du Tourisme. Il est organisé tous les ans depuis 9 ans par l’OMT, Casa Africa et la FITUR et structuré autour de deux tables rondes et des rencontres interentreprises.

Cette année, 42 projets ont été présentés. Les acteurs publics et privés espagnols étaient très nombreux. La Chine était également très présente grâce à son nouveau programme « OMT/Chimelong » sur la conservation de la vie sauvage et le Tourisme.

Ces opportunités d’affaires concernaient 15 pays dont 10 francophones, mais les Français étaient absents, comme tous les ans.

Cependant il n’est jamais trop tard : La liste des projets peut être consultée sur le Site d’INVESTOUR 2018 à la rubrique « Catalogue of projects ».

Et il y aura un dixième forum dans la prochaine FITUR de Janvier 2019.

Il suffira de s’inscrire.

 


ÉDITORIAL – Janvier 2018

Les grands absents

Le 1er Janvier 2018, le nouveau Secrétaire général de l’OMT (L’Organisation Mondiale du Tourisme des Nations unies) vient de prendre ses fonctions. Il s’agit de Zurab Pololikashvili (géorgien). Il a été désigné pour quatre ans, le 14 septembre 2017, à Chengdu en Chine, lors de la vingt-deuxième Assemblée générale. Il a été notamment Ministre du développement économique, Ministre-adjoint des Affaires étrangères et Ambassadeur en Espagne, au Maroc, en Algérie et en Andorre. Il parle plusieurs langues dont le français. Il succède à Taleb Rifaï (Jordanien) qui a dirigé remarquablement l’OMT pendant 8 ans, après avoir été réélu à l’unanimité des pays membres pour son deuxième mandat.

C’est l’occasion de faire un point sur cette institution internationale et de se demander quelle y est la place de la Francophonie.

L’OMT regroupe 163 pays et territoires et environ 500  membres affiliés représentant le secteur privé, des établissements d’enseignement, des associations et des autorités touristiques locales. Son siège est à Madrid. L’OMT existe depuis 1975 et est une institution spécialisée des Nations Unies depuis 2002. Elle est la principale organisation internationale dans son domaine de compétence et travaille désormais en liaison étroite avec la Commission européenne, l’OCDE, le PNUE et l’UNESCO. Ses langues officielles sont l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français, le russe, et bientôt le chinois.

L’OMT fait progresser la réflexion commune sur le Tourisme. Elle contribue à l’enrichissement et au partage des informations statistiques, des analyses prospectives et des échanges de bonnes pratiques. Elle produit des études de très grande qualité  et réunit plusieurs fois par an les principaux décideurs, publics et privés du secteur.

L’OMT a su aussi mobiliser ses membres pour faire prendre conscience au niveau mondial de l’importance économique du Tourisme et le faire inscrire dans les agendas globaux. Notamment dans le cadre des T20, réunions informelles, depuis 2010, des ministres du Tourisme des pays du G20. Dès juin 2012, grâce au lobbying de l’OMT  et du gouvernement mexicain, le Tourisme a enfin été cité pour la première fois dans une déclaration finale du G20. L’Assemblée générale des Nations Unies a ensuite approuvé de proclamer 2017 « Année internationale du Tourisme durable pour le Développement ».

L’OMT joue un rôle central en particulier dans la promotion du développement du Tourisme responsable, durable et accessible à tous, en veillant tout particulièrement aux intérêts des pays en développement. Elle s’est engagée pour que soient atteints les objectifs du Millénaire des Nations-Unies pour le développement, conçus pour faire reculer la pauvreté. Le Comité d’aide au Développement de l’OCDE, qui réunit trente des principaux pays donateurs, a ajouté l’OMT à la liste des Organisations internationales éligibles à l’AOD en août 2017. L’Assemblée générale de septembre 2017 a par ailleurs converti le Code mondial d’éthique du tourisme en une Convention internationale. C’est une étape historique qui va permettre de garantir que l’expansion du tourisme se fera dans le plus grand respect du développement durable, des problèmes sociaux, de l’épanouissement des communautés locales et d’une meilleure compréhension entre les cultures sans négliger les aspects économiques.

Mais la voix de la Francophonie est absente : La moitié des pays Membres de la Commission pour l’Afrique sont francophones mais le Président et les deux Vice-Présidents sont anglophones. Sa prochaine réunion annuelle aura lieu en juin 2018 au Nigéria.

Plus de 90 % des Membres affiliés sont hispanophones ou anglophones, donc la présidence, les deux vice-présidences et les onze membres du Bureau également. Le seul Forum international consacré aux opportunités d’investissements et d’affaires pour l’Afrique dans le secteur du Tourisme, INVESTOUR, va être organisé par l’Espagne, pour la huitième année consécutive, le 18 janvier 2018, dans le cadre de la FITUR, le plus grand Salon international du Tourisme qui accueille tous les ans plus de 200 000 visiteurs, dont la moitié sont des professionnels, et plus de 150 Ministres du Tourisme…

Pourtant l’OMT prévoit que les arrivées de touristes internationaux en Afrique vont passer de 58 millions à 134 millions d’ici à 2030. Le mois de janvier est celui des vœux et des bonnes résolutions. Souhaitons que le Tourisme francophone prenne conscience qu’il peut lui aussi exister pour bénéficier de cette croissance exceptionnelle avant qu’il ne soit trop tard.

 


ÉDITORIAL – octobre 2017

L’Organisation mondiale du Tourisme des Nations unies (OMT) vient de publier les chiffres du Tourisme international dans son Baromètre de septembre. Il nous apprend que le premier semestre 2017 affiche les meilleurs résultats jamais enregistrés depuis 2010. La France a pu rester la première destination touristique mondiale avec 82,6 millions de visiteurs internationaux, malgré une année 2016 très difficile avec ses attentats, sa météo détestable pendant la saison touristique et ses grèves à répétition (801 soit 2,2 par jour) dont 110 nationales.

Toutes les enquêtes montrent que ces visiteurs internationaux sont attirés avant tout par notre Culture (architecture historique et  musées mais aussi artisanats et arts vivants), notre gastronomie, nos boutiques (vitrines de nos savoir-faire) et notre art de vivre. Bien que 5ème en terme de recettes, le tourisme « pèse » plus de 7 % du PIB, soit davantage que l’aéronautique et l’agro-alimentaire, et deux millions d’emplois non délocalisables. Il reste donc un des  premiers atouts de la « Marque France » à l’international.

Par ailleurs, les Français ont effectué plus de 200 millions de voyages plus ou moins longs à l’étranger et le réseau des restaurants français dans le monde (79 étoilés Michelin à Londres), par exemple, participe à ce rayonnement de la France dans le Tourisme international. Il serait intéressant de pouvoir y ajouter aussi les chiffres du tourisme des pays francophones, mais les statistiques internationales disponibles sont faites par pays, grandes régions et continents. Cependant ces chiffres mettent déjà en évidence que le Tourisme offre tous les ans des centaines de millions d’opportunités de contacts avec la langue française donc avec la Francophonie et ses cultures.

De plus, le tourisme linguistique est en plein essor. Le premier séminaire de haut niveau organisé sur ce sujet en Juin 2015 par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international a montré que l’intégration de la langue française dans notre offre touristique avait un impact important sur l’attractivité de  nos Régions.

A cette occasion une plateforme numérique développée par Campus France a été lancée : « Immersion France ». Elle a pour ambition de faciliter la venue en France des étudiants mais aussi des professionnels et des touristes désireux d’apprendre la langue française lors de séjours touristiques adaptés.

Ce tourisme génère près d’un million de nuitées et plus de 115 millions d’euros de chiffre d’affaire. Ce n’est pas négligeable mais la marge de progression est immense car 125 millions de personnes apprennent le français dans le monde et plus d’un million s’inscrivent chaque année dans notre réseau exceptionnel d’Instituts français et d’Alliances françaises. L’Alliance française est en effet le premier réseau culturel mondial avec 800 implantations dans 137 pays sur les cinq continents pour un demi-million de personnes chaque année, auxquels il convient d’ajouter les six millions de personnes qui participent à leurs activités culturelles. Mais la plupart d’entre eux ignorent l’existence de cette plateforme.

Certains de ces établissements ont innové en  créant des modules spécifiques pour « le français langue du Tourisme » mais trop peu d’entre eux et le lien avec la promotion des destinations françaises y est rarement associé faute de partenariats.

Le réseau « France Alumni », mis en place en 2014, permet aux étudiants ayant réalisé des études supérieures en France de rester en réseau, de valoriser leur séjour en France dans un cadre professionnel et de maintenir des liens d’amitié. Il pourrait être étendu aux étudiants « non supérieurs » des métiers du tourisme (guides-interprètes, métiers de l’accueil, de la gastronomie, de la mode, des activités sportives de plein air, de la médiation culturelle, du numérique  etc…) car ils sont eux aussi des ambassadeurs précieux de la culture francophone dans le monde.

C’est d’autant plus important que le Tourisme francophone doit relever aujourd’hui un nouveau défi au-delà des enjeux économiques et sociaux. Les attentats récents montrent que les cibles choisies sont la plupart du temps des lieux culturels et touristiques. Ce n’est pas un hasard. L’enjeu est donc dorénavant aussi éthique car le Tourisme francophone peut participer à la « défense et illustration » d’un art de vivre, et d’une certaine idée de l’homme et de la femme.