Les banques sont des miroirs… des contradictions de notre société par Jean-Louis Chambon

Publié le 14 avril 2020

LES BANQUES SONT DES MIROIRS… des contradictions de notre Société

 

 Comme à chaque  crise, le procès « des Banques »  s’instruit  sur la place publique, à grand renfort médiatique de débats des nouveaux Saint-JUST :

Ceux de la Classe Politique  qui en «  même  temps » appellent à leur solidarité et se servent d’elles  sans  vergogne comme  écran  de fumée  pour masquer leurs propres  responsabilités.

 Tout autant de gémissements, du coté des syndicalistes autoproclamés en « autorité morale » à défaut de légitimité démocratique, aux mots  jamais assez durs contre les « ..  spéculateur… ».

Ils oublient ainsi au passage qu’avec les taux d’intérêts négatifs et la réglementation européenne spoliatrice, le  système  bancaire  français est le moins  rentable  du monde   jusqu’à décider de  grands  réseaux ( HSBC ) et leurs actionnaires à quitter  l’hexagone..

 Demain il faudra bien que le consommateur paie enfin le vrai prix des services de l’ Industrie bancaire,(réseaux sécurisés,  traitement des chèques, distributeurs de billets, sécurités monétaires etc) dont les coûts trop longtemps masqués par l’aubaine de la « transformation » ( des  dépôts des clients  en  crédits) ont été minimisés par les autorités politiques en toute  démagogie. 

      L’autre grande obsession syndicale, partagée par «les populistes de tous poils » est la haine  des  actionnaires et de leurs  dividendes .

  Certains, se croient investis d’un pouvoir de recommandation de bonne  gouvernance aux «  grands  groupes »  comme  s’ ils pouvaient  avancer à coté de leur « métier  de  permanent  syndicaliste  » la moindre expérience réussie  dans la  gestion et la  gouvernance   du  secteur productif … ( alors que que 97% des salariés  du secteur privé ne leur font pas  confiance !!!).

Au passage  «  ils tirent contre leur « propre camp » , car c’ est bien  dans les  grands groupes  que l’actionnariat salarié  est le plus développé.

   De surcroît ils méconnaissent la  réalité  du partage de la valeur par le  secteur productif :

    91%**pour « les Parties Prenantes » (71% pour les salariés , 20% pour l’Etat ) et la plus petite part… 9% pour les  actionnaires … qui en sont il  faut le  rappeler, les « Propriétaires« , droit  sacré constitutionnellement (.** étude de  L’Institut MOLINARI août 2018)…

    Que peut nous dire un tel consensus dans un pays ou tous débats économiques ne peut  s’appuyer que sur des  dogmes , des  croyances et  déclenchent controverses et passions..

La première piste de réponse est historique:

une culture nationale «d’héritage révolutionnaire » : contre les bourgeois, les riches,  les instruments de leur pouvoir, « l’argent et les banques » :

Si on ajoute à cela 50 ans de doctrine économique universitaire majoritairement d’inspiration marxiste dont il résulte une inculture économique de la société civile assez terrifiante, on comprend le retour de cette tentation du bouc émissaire  qui frappe les Banques.

Mais à bien y regarder, les banques françaises n’ont rien à se reprocher qui puisse justifier ces propos haineux, et cette volonté « de les mettre au pas », ou sous tutelle;

Victimes de la crise mondiale de 2008, elles ont été, d abord taxées à travers le soutien à leur trésorerie à hauteur de 2 milliards d’euros ce qui est un comble :

Sauf exception, pour quelques établissements, elles n‘ont enregistré que des dégâts collatéraux du système installé par les dérives des banques Anglo-saxonnes( subprimes et autres toxicités), d’ailleurs elles sont sorties renforcées relativement à leurs consœurs Anglo-saxonnes de la première crise : quant à la crise de la dette, peut-on sans être ignorant ou totalement hypocrite, leur reprocher d’avoir donner la priorité à leur mission première de financement de l’économie, en répondant aux demandes insistantes de financement des Etats européens (ayant passé les stress test de l’entrée à l’Europe).

Que l’on sache les Etats sont des acteurs majeurs de l’économie, dirigés en principe par des hommes politiques responsables et démocratiquement élus en charge des finances publiques et de la dette : la faute à qui si aujourd’hui ces pays sont en situation de grande fragilité ?

Puis, se fut le tour des « régulateurs européens » de faire valoir sur le dos des banques, leurs interprétations hasardeuses  «  anti crise systémique » :

plus de fonds propres, plus de règles, plus de normes, ..las, ces experts sont en retard d’une guerre de la finance :

aujourd’hui « les Shadow-banque », les fonds apatrides, hedge funds, installés dans des paradis fiscaux, etc… (c’est à dire l’ensemble des acteurs qui échappent au périmètre «repérable et régulable» constitué par les banques et établissements financiers dépendant d’un cadre institutionnel) pèsent … dix fois le Pib américain !!!

C’est à dire des volumes considérables « totalement décorellés des mesures de contrôles classiques, et qui bien souvent se nourrissent des trous noirs que crée une régulation partielle et donc improductive.

 

Tel est donc ce qui se cache derrière ce déni « politique » de réalité : une crise de solvabilité des ETATS  du monde occidental dont les banques sont à la fois les victimes et les bouc émissaires, dans ce sens les banques sont des miroirs de la Société et du temps dans laquelle elles évoluent :

  • les miroirs d’une forme de décadence intellectuelle et morale, venue d’abord du monde Anglo-Saxon, copiée partiellement par le reste du monde, qui a laissé par complicité objective d’intérêt, ses places financières, Wall Street et la City, échapper à tout contrôle, avec des instruments, les bonus, et des acteurs « deus ex machina », les traders, exacerbant la cupidité et les visions court-termistes.
  • les miroirs aussi d’une pathologie du politique, qui par ses indécisions, ses atermoiements, et son insuffisance de courage moral à alimenter la crise de solvabilité des Etats, en entretenant l’inquiétude des marchés, et en s’évertuant en toute hypocrisie, à laisser croire à l’opinion, déjà largement dogmatiquement convaincue, que la crise de la dette vient de l’action des banques,
  • les miroirs enfin de l’absence de mémoire de nos dirigeants qui avec une tendance masochiste aggravée, ressortent toujours les vielles recettes, pourtant usées par l’Histoire jusqu’à la corde (qui, espérons le, comme le prétendait Marx, ne servira pas à les  pendre !) :
  • plus de contrôles et plus d’ETAT.
  • On voit mal  comment il pourrait en aller autrement de ce qui hier a fait naître les plus belles Berezina financières sous la direction et le contrôle des représentants de l’Etat ou issus de « l’école » de l’administration : le crédit lyonnais et Dexia,  (avec des  exigences de rémunérations annexes qui , n’ont rien eu à envier aux pires pratiques du secteur  privé. ».

Les tenants du « capitalisme totalitaire », versus national, dont la CHINE est le grand champion, devraient avoir en tête cette autre  réalité «..les banques dans ce système consentent des prêts sur injonction du parti, lèsent les épargnants au profit des entreprises publiques… »…. voila le modèle.

Aussi, serions nous  bien inspirés de trouver des solutions plus démocratiques que la mise sous tutelle des banques françaises :

 -les banques sont des miroirs de la société dans laquelle elles s’insèrent en acteur central de l’économie :

– il n’y a pas de pays prospères sans banques prospères, rentables et fortes, ce qui suppose des fonds propres importants donc des profits et ..des actionnaires .. pas  de dividendes pour rémunérer le risque de l’investissement… pas  d’ actionnaires !!!

Rien n’est plus contre-productif que la logique du bouc émissaire dans une stratégie de long terme : s’en prendre à son système bancaire dont la puissance est l’un des instruments de la souveraineté des Etats, c’est agir contre ses propres intérêts,  c’est se tromper  de guerre contre  «  l’ennemi  invisible »..  c’est à dire cette lâcheté collective qui consiste à passer « la patate chaude » aux prochaines générations .. dettes  , retraites ,  etc..

Le bouc émissaire selon la légende, était envoyé dans le désert pour expier les péchés du peuple : mais pour traverser les terres arides qui s’annoncent pour la prochaine décennie, la le risque serait de se laisser tenter par les « petits lapins sortis » du chapeau des adeptes de la baguette magique, dont les détracteurs des banques sont les premiers représentants.

 

Par Jean-Louis Chambon
Président fondateur du CERCLE TURGOT