Bernard cerquiglini – Novembre 2019

Publié le 11 novembre 2019

Le cas échéant

Afin de comprendre l’emploi de la locution figée le cas échéant, il convient de reprendre les choses d’un peu plus haut. Le latin cadere a donné le verbe français choir, d’usage courant dans l’ancienne langue : il signifiait « tomber ». Pratiquement éliminé par ce dernier verbe, il ne subsiste plus qu’à l’infinitif   (elle m’a laissé choir), et surtout en composition.

On connaît le verbe déchoir, qui signifie « tomber dans un statut inférieur » : on peut accepter sans déchoir ; il est déchu de ses fonctions.

Le verbe échoir est plus rare, et plus technique ; il appartient notamment au lexique du notariat et signifie : « qui advient par l’effet d’une loi ». Albert Camus écrit : un petit héritage lui échut qui venait de sa sœur. D’où l’emploi de ce verbe à propos d’une dette ou d’un règlement qui arrive à sa date : le terme est échu depuis deux mois ; c’est une échéance.

On arrive ainsi au participe présent du verbe échoir qui signifie « qui arrive à son terme », et plus généralement « qui se présente ». On comprend par suite la locution le cas échéant. Elle signifie « si le cas, c’est-à-dire l’éventualité, l’occasion se présente » : nous étudierons, le cas échéant, la réponse à donner ; nous modifierons, le cas échéant, notre stratégie.

Le cas échéant signifie donc de façon figée : si le cas échoit, dans l’éventualité où il échoirait, pour le jour où il échoira. Mais, notons-le, on n’y met pas de grande conviction : sans doute ne désirait-on pas vraiment que le cas échût.