Bernard Cerquiglini – Décembre 2019

Publié le 28 novembre 2019

Vive septante !

Curieuse variété de français, que celle de France, censée illustrer (voire dicter) le « bon usage ». Elle utilise tour à tour la numération décimale (par dix : 10, 20, 30, 40, 50, 60), vicésimale  (par vingt : quatre-vingts), et un mélange des deux (soixante-dix, quatre-vingt-dix).

L’emploi de la numération vicésimale est dû, pense-t-on, à une influence gauloise : nos « ancêtres les gaulois » comptaient par vingt. Il est de fait que cet usage était des plus fréquents dans l’ancienne langue. En 1260 Saint-Louis fonde un hôpital pour trois cents chevaliers revenus aveugles de la croisade : c’est l’hôpital parisien des Quinze-vingts.

Le maintien partiel de cet usage ancien en français moderne présente de nombreux défaut : il est lourd, malcommode et ambigu. Si vous dictez « 75 » à une personne, elle commencera par écrire un 6, qu’il lui faudra corriger aussitôt.

Les variantes belge et suisse ont généralisé les formes septante et nonante, possibles mais minoritaires en ancien français ; on entend également huitante, voire octante

Voilà qui est sage. C’est un emploi cohérent et naturel de la numération décimale : dix, vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, septante, huitante, nonante, cent.

Nos proches cousins Italiens ne disent-il pas cinquanta, sessanta, settanta, ottanta, novanta ?

Qu’attendent les locuteurs de France pour s’y mettre ?