Bernard Cerquiglini – Janvier 2020

Publié le 7 janvier 2020

 

Dix-sept mille trois cent vingt-deux

Si l’on voulait montrer que la langue française n’est pas toujours un modèle de clarté, on ne saurait mieux choisir que la numérotation.

Rappelons, par exemple, que l’on emploie et seulement en dessous de cent, pour les dizaines donc, et seulement avec l’unité ? Vingt et un, mais vingt-deux et cent un.

Il en est de même, à l’écrit, pour l’emploi du trait d’union. La règle en est un modèle de complexité : on joint d’un trait d’union les nombres qui sont l’un et l’autre inférieurs à cent, sauf s’ils sont reliés par et, lequel remplace alors le trait d’union.

Application.

Nous écrirons : dix-sept, soixante-dix-sept, quatre-vingt-treize. Les deux nombres sont alors moindres que cent.

Mais on ne le fera pas dans : cent trois, trois cents, mille quarante, car un des nombres est supérieur à la centaine. Pas non plus dans trente et un, formé d’éléments joints par et.

Maintenant que vous avez compris la règle, n’en demandez pas l’origine. Elle provient d’un pur arbitraire grammatical.

Il y a une trentaine d’années les conseils supérieurs de la langue française de France, de Belgique, du Québec approuvés par l’Académie française ont proposé d’utiliser un trait d’union dans tous les nombres : dans cent-treize, dans trente-et-un, comme dans vingt-deux. Voilà qui est simple et cohérent.

Ce nouvel usage, recommandé, tarde cependant à se répandre. Alors, en rédigeant votre prochain chèque, en faisant opérer un virement, rédiger un contrat, contribuez au progrès orthographique ! La langue française vous en sera reconnaissante.