Bernard Cerquiglini – mai 2019

Publié le 9 juillet 2019

Bernard CERQUIGLINI

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge ; il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l’Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l’émission quotidienne « Merci professeur » sur TV5Monde et est membre de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).

 


Mai 2019

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 Le verbe exclure a pour participe exclu (sans s), au rebours du verbe inclure. Voilà bien une des singularités de la langue française ; rassurons-nous, elle n’en manque pas.

Et le plus étonnant : c’est exclu, sans s, qui est anormal.

Commençons par inclure. Il provient du latin includere, formé sur claudere, qui a donné clore. Inclaudere c’est donc « fermer à l’intérieur ». Son participe passé était inclusus, qui a donc normalement donné en ancien français inclus : l’s final est donc régulier.

Il l’était normal également dans des mots apparentés comme reclus et perclus : percluse, elle était recluse.

J’ajouterai que cet s final était également naturel dans exclus. Ce verbe provenait du latin excludere, c’est-à-dire, on l’a compris, « enfermer à l’extérieur ». L’ancienne langue mettait un s à exclus, dont le féminin était excluse, forme que l’on rencontre encore chez Racine et La Fontaine.

Que s’est-il passé ? Perclus, reclus, qui n’étaient plus sentis comme des participes passés mais comme des adjectifs, ont gardé leur forme ; inclus utilisé principalement dans la locution ci-inclus, a fait de même.

En revanche exclu, toujours considéré comme le participe passé d’exclure a été refait sur le modèle des participes ordinaires en –u : conclu, perdu, vendu, etc.

Exclu est donc atypique parce qu’il est le participe passé bien vivant d’exclure. C’est comme ça !