Daniel Kuss – edito tourisme février 2021

Publié le 4 février 2021
Expert indépendant en Tourisme international après avoir été Chef du Pôle Développement international du Tourisme au Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, Chargée des affaires internationales à la sous-Direction du Tourisme du Ministère de l’Economie et Secrétaire générale de la Conférence Permanente du Tourisme rural.

L’année 2020 aura été l’année la plus difficile de l’Histoire du Tourisme. La pandémie a paralysé brutalement le Tourisme mondial. D’après les données disponibles à ce jour, présentées par l’Organisation Mondiale du Tourisme des Nations unies (OMT) à son Conseil exécutif du 19 janvier dernier, à Madrid, la baisse des arrivées internationales a été proche de 70% et menace de 100 à 120 millions d’emplois directs (sans oublier les centaines de millions d’emplois indirects générés par l’activité touristique dans l’ensemble de l’Economie mondiale). La perte des recettes d’exportation du Tourisme international est estimée à 730 milliards d’USD.

Mais comme le souligne très justement le célèbre proverbe camerounais : « Peu importe la hauteur de laquelle on tombe, l’important est celle à laquelle on rebondit ».
Or la majorité des experts de l’OMT table sur un rebond du Tourisme international aux alentours du troisième trimestre 2021, et il faut rappeler que ce secteur a toujours été le premier à rebondir, et que sa courbe de croissance est restée constamment supérieure à celle de l’Economie mondiale depuis dix ans, malgré les crises diverses qui l’ont affecté.
De plus, cette fois-ci, je suis convaincue que la très forte demande, comprimée pendant près d’un an d’enfermement, va « exploser » dès la maitrise de la crise sanitaire, et sera démultipliée par une épargne forcée colossale qui va accélérer la reprise. D’où la nécessité d’être prêts.

Le « Comité de crise pour le Tourisme mondial » de l’OMT, qui s’est réuni aussi à Madrid dans le cadre du Conseil exécutif, a présenté une mise à jour du programme de travail de l’OMT et a fait un certain nombre de recommandations qui figurent sur le document ci-dessous. Elles complètent les 23 mesures concrètes de son Rapport de l’été dernier, détaillées dans le précédent éditorial mis en ligne le 12 Juin.

Mais, sans attendre la reprise, cette crise sans précédent a déjà eu des effets positifs :
Elle a enfin ouvert les yeux des populations et de leurs dirigeants sur l’importance réelle du Tourisme et son impact majeur, direct et indirect, sur l’ensemble de l’Economie.
Elle a rendu évidente la nécessité urgente de l’orienter vers plus de durabilité et d’inclusion, et de réaliser son énorme potentiel économique et social pour apporter un développement et un changement durables pour tous.
Elle a aussi offert l’occasion historique de créer des opportunités nouvelles de dialogues et de coopérations.

La prochaine Assemblée générale de l’OMT se réunira en 2021 au Maroc, à une date qui n’a pas encore été précisée du fait de la pandémie, mais les pays francophones devraient dès à présent s’y préparer afin de saisir cette occasion pour y participer activement. En effet une vingtaine des 50 premiers pays, en termes d’arrivées internationales et de recettes du Tourisme, sont membres de l’OIF (dont la moitié sont membres de plein droit). Or la langue française disparait très régulièrement depuis quelques années du site et des publications de l’OMT. L’Espagne est devenue le leader en Afrique dans le domaine de l’accompagnement pour le développement des entreprises et des territoires touristiques.

Du fait que le Maroc, « plateforme économique et financière africaine à la croisée des continents » et « point d’entrée du Continent africain », est le pays organisateur, et que le Sénégal est le 1er vice-Président du Conseil exécutif pour 2021, les meilleures conditions sont réunies pour prendre une initiative qui remettrait sur le devant de la scène les pays francophones, trop absents dans cette Organisation malgré leur poids dans le Tourisme mondial.


HUITIÈME RÉUNION DU COMITÉ DE CRISE POUR LE TOURISME MONDIAL
18 JANVIER 2021, MADRID (ESPAGNE)

À la huitième réunion du Comité de crise pour le tourisme mondial, tenue à Madrid le 18 janvier 2021 et dans le contexte de la cent-treizième session du Conseil exécutif de l’OMT, les membres du Comité ont rappelé ce qui suit :

1. La vaccination peut représenter une étape décisive dans la lutte contre la pandémie de COVID-19 et en faveur de la reprise sûre des voyages internationaux, avec d’autres mesures d’atténuation des risques comme les tests de dépistage de la COVID-19.

2. D’après le rapport du Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Conseil exécutif de
l’OMS « Renforcement de la préparation aux situations d’urgence sanitaire : application du Règlement sanitaire
international (2005) – Rapport intérimaire du Comité d’examen sur le fonctionnement du Règlement sanitaire
international (2005) pendant la riposte à la COVID-19 », le Comité « étudie les applications des technologies
numériques pouvant garantir la sûreté des voyages internationaux, y compris en ce qui concerne les documents à présenter aux points d’entrée (voyageurs à l’arrivée et au départ), les antécédents de voyage, les tests et la recherche des contacts, et éventuellement les exigences en matière de vaccination1 ».

3. L’urgence d’accélérer la coordination des principes et des protocoles applicables aux voyages transfrontières à l’échelon international en vue d’assurer une reprise sûre et fluide du tourisme, compte tenu de la recrudescence de cas et de l’absence persistante de principes et de mécanismes communs pour les protocoles de dépistage liés aux voyages.

Le Comité a lancé un appel à :

1. Renforcer la coordination, dans le cadre du Règlement sanitaire international2, des certificats de vaccination en vue d’assurer le suivi, la définition et l’application en temps utile de principes, de protocoles et de documents communs et harmonisés, sur support numérique, en matière de voyages.

2. Appuyer la normalisation, la numérisation et l’interopérabilité des protocoles de dépistage et des systèmes de certification, sur la base de données probantes et d’indicateurs d’évaluation des risques largement acceptés
pour le pays/territoire d’origine et de destination.

3. Appuyer l’initiative de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de mise au
point et de coordination d’un système harmonisé dans tous les pays en vue de l’ouverture sûre des frontières, en coordination avec l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’Organisation maritime internationale (OMI) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

4. La mise en œuvre des Orientations de l’Équipe spéciale du Conseil de l’OACI sur la relance de l’aviation (CART) « Paré au décollage », y compris du Manuel sur les tests de dépistage et les mesures de gestion des risques transfrontières3, et l’établissement de couloirs sanitaires, pour faire avancer l’harmonisation des conditions requises pour les protocoles de dépistage.

5. Que les pays veillent à ce que les mesures ayant une incidence sur le trafic international soient des mesures
fondées sur les risques, reposant sur des données probantes, cohérentes, proportionnées et limitées dans le
temps.

Publications de l’OMT à signaler pour se préparer aux nouvelles orientations :
UNWTO RECOMMENDATIONS ON TOURISM AND RURAL DEVELOPMENT
https://doi.org/10.18111/9789284422173.

INCLUSIVE COMMUNITY DEVELOPMENT THROUGH TOURISM
https://www.e-unwto.org/doi/book/10.18111/9789284422135