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Magouille

Les affaires, bien sûr, et surtout en français, ce n’est pas de la magouille. La conscience en paix, nous pouvons nous intéresser à ce mot.

Magouille est bien joli, mais son origine est obscure ; disons qu’elle est vaseuse.

Apparaît tout d’abord, et récemment, vers 1930, le verbe magouiller. C’est peut-être une résurgence (bien tardive, on en conviendra) du gaulois marga, qui désignait la boue. Le terme se retrouve dans des formes dialectales, telles que margouiller « patauger » et margouille, « flaque d’eau ». L’idée d’opérations glauques conduites dans la gadoue se comprend bien : pensons à grenouiller, de même sens et de forme voisine. Mais on s’explique mal le passage de margouiller à magouiller, avec chute de la consonne r ; peut-être une influence de manœuvrer.

Magouiller se répandit rapidement dans la langue familière, pour désigner des pratiques malhonnêtes, dans les domaines de la politique, ainsi qu’hélas de certaines affaires.

Malgré sa vivacité le terme ne s’offrit pas sur-le-champ à la dérivation lexicale. On ne dira jamais assez de bien des événements de mai 68 ; ils furent en effet une véritable éclosion lexicale. On vit surgir, et j’en fus témoin, tout un vocabulaire politique rénové. On magouillait beaucoup entre groupuscules rivaux ; on dénonçait par suite les magouilleurs, auteurs d’infâmes magouillages.Ce dernier dérivé eut toutefois moins de succès qu’un déverbal fort réussi et qui depuis a fait son chemin, concurrençant manœuvre et combine : magouille. Nul doute qu’il doit son succès à sa rime puissante : la magouille, c’est le fait des arsouilles et des fripouilles.