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Tendances économiques

Point de vue sur les entreprises africaines

Depuis que l’Afrique a adopté le mobile payment, les membres de la tech européenne ont tourné leurs regards vers ce continent immense, en pleine croissance, où beaucoup reste à faire. Cap Digital y organise sa conférence Futur.e.s, Partech y ouvre une branche, les annonces s’enchaînent. Mais que sait-on vraiment de l’écosystème tech africain ?

Pourquoi s’intéresser à l’Afrique maintenant ?

D’ici 2050, un quart de la population mondiale sera africaine et la moitié de cette population aura moins de 25 ans.

Il y a donc un enjeu mondial : il va falloir accompagner ce boom démographique, permettre au continent de se développer et structurer l’énergie de cette jeunesse. Cette dynamique passera par l’initiative individuelle, c’est une évidence. Aujourd’hui, la jeunesse africaine a un réel appétit pour l’entrepreneuriat, notamment innovant. Et la technologie a le potentiel de disrupter tous les secteurs.

Et puis il y a un enjeu pour les entreprises, qu’elles soient africaines ou européennes. Il suffit de regarder le taux de croissance de certains pays, 10% en Ethiopie, 8% en Côte d’Ivoire. C’est impossible pour une entreprise d’occulter l’Afrique, ce serait comme occulter la Chine il y a 30 ans.

Mais que sait-on vraiment de l’innovation technologique, de l’esprit startup en Afrique ?

A l’heure actuelle, aucune étude n’a analysé l’écosystème de l’entrepreneuriat innovant en Afrique dans son entièreté. Quelles technologies vont avoir un effet disruptif ? Quelles sont les startups qui fonctionnent ? Pourquoi émergent-elles ? Qu’est-ce qui fait que certaines entreprises fonctionnent et d’autres échouent ? Pourquoi n’ont-elles pas le même succès dans toutes les régions ? Comment et d’où viennent les financements ? Quelles sont les problématiques réglementaires et fiscales qu’elles rencontrent ? Les questions sans réponse sont nombreuses.

Nous avons besoin d’avoir un état des lieux pour pouvoir nourrir les discussions avec les institutions publiques, leur montrer ce qui fonctionne et ce qu’il faut faire pour s’assurer qu’un vivier d’entreprises innovantes arrive à s’épanouir. Avoir une vision globale de l’innovation en Afrique permettra aussi aux fonds d’investissement de mieux comprendre le marché et aux startups de tirer des enseignements de ce qu’il se passe dans les pays voisins.

C’est dans cet objectif que nous avons entrepris cette étude Stars in Africa. Nous avons presque fini la première étape, qui consiste à brosser un tableau avec les institutions et les fonds d’investissement. Nous allons ensuite donner la parole aux startups et les suivre pendant une à deux années pour voir lesquelles survivent et lesquelles meurent, et trouver des explications.

A iHub Nairobi, les startups ont trouvé où développer leurs projets. Image par iHub Nairobi

Peut-on réellement dresser le portrait d’un continent si large et multiple ? Un continent sans marché commun, langue commune ou homogénéité de développement ?

Il faudrait parler d’écosystèmes au pluriel. Les dynamiques dans l’ouest, le nord, l’est ou le sud sont très différentes.

Ce n’est pas qu’une question de différence de richesse entre les pays, il y a aussi des problématiques de cultures, de systèmes de financement et de réglementations complètement différentes. Dans certains pays, on peut créer une société en cinq heures, dans d’autres, cela peut prendre près de trois ans.

Pour autant il y a des similitudes. Ce qui caractérise l’essentiel du marché africain, c’est la présence d’une classe aisée très consommatrice, l’émergence d’une classe moyenne jusque là quasi inexistante, et l’ubiquité d’une classe populaire très sensible au prix.

Et c’est cette classe populaire qui a le plus besoin de disruption et va tirer la croissance ?

Oui, elle a une envie énorme d’être connectée au reste du monde, ce qui explique l’avènement des télécoms que la plupart des pays africains ont connu. Le passage entre la vision qu’elle a du monde à travers les écrans et la consommation va être passionnant car elle ne ne se fera pas de la même manière qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

La population est très « street smart », elle a le sens de la débrouillardise et de la négociation, elle arrive à arbitrer très rapidement entre des prix. Pour elle, la technologie doit servir à réduire les coûts, à comparer les prix et bénéficier des meilleurs.

La capacité de disruption en Afrique est beaucoup plus forte que celle qu’on voit sur d’autres continents. Des secteurs comme la santé, l’éducation, l’agriculture, l’énergie, les services financiers, l’infrastructure, l’aménagement du territoire, les télécommunications ou encore la distribution sont en train de connaître leur révolution.

Les entreprises européennes sont-elles en mesure de participer à cette transformation ?

Les entreprises européennes ont les moyens financiers et l’expérience nécessaires pour lancer de gros projets mais elles ne peuvent pas réussir en Afrique si elles se contentent de répéter ce qui a fonctionné ailleurs. Les entreprises qui veulent entrer en Afrique doivent penser différemment que lors de leurs projets d’expansion habituels.

Elles doivent comprendre l’écosystème, la culture, d’où viennent les gens, quelles sont leurs motivations, quelles sont les problématiques terrain réelles. Alors seulement, elles peuvent tester de nouveaux produits.

Beaucoup de grands groupes étrangers voient dans l’Afrique un terrain de test excellent compte-tenu de sa démographie et de sa sensibilité prix exacerbée. Ils testent donc en Afrique de nouveaux produits, de nouveaux business models.

Ces groupes sont aussi attirés par l’Afrique parce qu’elle constitue un terrain vierge sans ancienne infrastructure encombrante. Il est souvent plus facile d’y mettre en place de nouvelles solutions, notamment dans les énergies renouvelables, qu’en Europe.

Les entreprises européennes ont beaucoup à apprendre de cette dynamique africaine. Il y a des startups en France qui ont des impacts en Afrique, de la même manière qu’il y a des startups purement africaines, dans le secteur notamment des mobile money, qui influencent les entreprises européennes. Les échanges vont vraiment dans les deux sens, et cela ne va que s’intensifier.

NDLR : Baréma Bocoum est un pur produit de la diaspora africaine. Associé KPMG, il mène une étude sur l’entrepreneuriat innovant en Afrique en partenariat avec le MEDEF et avec le soutien de l’Union européenne. Un constat s’impose : les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent impérativement intégrer l’Afrique à leurs plans stratégiques.

À propos de l'auteur

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Baréma Bocoum est spécialisé dans l’accompagnement dans le cadre de transactions complexes et situations spéciales (Restructurations financières, Turnaround, accélération du Cash, Fermetures de sites, distressed M&A). Baréma est par ailleurs responsable de la coordination de l’équipe Deal Advisory Afrique et accompagne les grands groupes et fonds d’investissements dans le cadre de leurs opérations sur le continent africain.
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Edito Tourisme

Djerba sera la capitale mondiale de la francophonie en novembre 2021, si le contexte sanitaire permet à la Tunisie d’accueillir le 18ème Sommet de la Francophonie sur le thème « Connectivité dans la diversité : le numérique vecteur de développement et de solidarité dans l’espace francophone ».

Sarra Maâouia a rappelé à cette occasion que l’espace francophone constitue un territoire de relations économiques et commerciales privilégiées, par son histoire et par sa langue. 

C’est le moment de se souvenir que le français est la langue du Tourisme, et mon Edito de septembre 2017 sur ce thème est plus que jamais d’actualité.

La France est toujours la première destination mondiale en nombre de visiteurs internationaux et l’un des principaux pays émetteurs ; Le réseau des restaurants français dans le monde participe aussi à ce rayonnement de la France dans le Tourisme international. 

Il serait intéressant de pouvoir y ajouter également les chiffres du Tourisme dans les pays francophones, mais les principales statistiques internationales disponibles sont faites par principaux pays touristiques, grandes régions et continents, ce qui ne permet pas de mesurer le poids exact du Tourisme francophone. Cependant ces chiffres mettent déjà en évidence que le Tourisme offre tous les ans des centaines de millions d’opportunités de contacts avec la langue française donc avec la Francophonie, ses cultures et ses entreprises, et surtout que le Tourisme est encore un des premiers atouts de la « Marque France » à l’international. 

De plus, le tourisme linguistique est en plein essor. Le premier séminaire de haut niveau organisé sur ce sujet en Juin 2015 par le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international avait montré que l’intégration de la langue française dans notre offre touristique avait un impact important sur l’attractivité de nos Régions. 

A cette occasion une plateforme numérique développée par Campus France a été lancée : « Immersion France ». Elle a pour ambition de faciliter la venue en France des étudiants mais aussi des professionnels et des touristes désireux d’apprendre la langue française lors de séjours touristiques adaptés. Au-delà des chiffres annuels très positifs, il ne faut pas oublier que la marge de progression est immense car 125 millions de personnes apprennent le français dans le monde et plus d’un million s’inscrivent chaque année dans notre réseau exceptionnel d’Instituts français et d’Alliances françaises. L’Alliance française est en effet le premier réseau culturel mondial avec 800 implantations dans 137 pays sur les cinq continents pour un demi-million de personnes chaque année, auxquels il convient d’ajouter les six millions de personnes qui participent à leurs activités culturelles. 

Mais il est à déplorer que la plupart d’entre eux ignorent l’existence de cette plateforme. 

Certains de ces établissements ont innové en créant des modules spécifiques pour « le français langue du Tourisme » mais trop peu d’entre eux et le lien avec la promotion des destinations françaises y est rarement associé faute de partenariats. Toutes ces initiatives pourraient être étendues aux pays francophones. 

Le réseau « France Alumni », mis en place en 2014, permet par ailleurs aux étudiants ayant réalisé des études supérieures en France de rester en réseau, de valoriser leur séjour en France dans un cadre professionnel et de maintenir des liens d’amitié. Il pourrait être étendu aux étudiants « non supérieurs » des métiers du tourisme (guides-interprètes, métiers de l’accueil, de la gastronomie, de la mode, des activités sportives de plein air, de la médiation culturelle, du numérique etc…) car ils sont eux aussi des ambassadeurs précieux de la culture francophone dans le monde. 

Le Tourisme est un des premiers vecteurs de promotion culturelle et de développement économique et territorial, et c’est aussi un levier très efficace de progrès social, fidèle à l’objectif premier des Pères fondateurs de la Francophonie institutionnelle : mettre la langue française au service de la paix, de la solidarité, du développement et du rapprochement des peuples par le dialogue des civilisations.  

C’est d’autant plus important aujourd’hui que le Tourisme francophone doit relever aussi un nouveau défi, au-delà des enjeux économiques et sociaux, car les attentats de ces dernières années montrent que les cibles choisies sont la plupart du temps des lieux culturels et touristiques. Ce n’est pas un hasard. L’enjeu est donc dorénavant aussi éthique car le Tourisme francophone peut participer à la « défense et illustration » d’un art de vivre, et d’une certaine idée de l’homme et de la femme.

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Tant en France que dans les pays africains, il existe une prise de conscience bien réelle de l’importance de la diaspora et du rôle qu’elle peut jouer notamment comme accélérateur des économies du continent. Si toutes les générations diasporiques n’ont pas le même rapport à l’Afrique  – les anciennes générations se sentent « redevables », quand les nouvelles générations envisagent davantage l’Afrique comme une terre d’opportunité – une constante demeure : les transferts d’argent vont croissants.

Même si l’essentiel des transferts réalisés vers l’Afrique sert encore à subvenir aux besoins des familles, les questions de développement économique local et de créations d’activités sont ouvertement discutées au sein des plus jeunes générations. Elles veulent entreprendre et n’entendent pas utiliser les mêmes courroies de transmission que leurs ainées. Leur horizon n’est plus le village, le département ou le pays d’origine mais l’Afrique tout entière, avec ses taux de croissance et ses sources d’opportunités personnelles. Une fois les aides familiales satisfaites, trois types d’investissements concentrent l’essentiel des ressources : les projets immobiliers, les projets solidaires d’intérêt général et les investissements productifs dans des projets d’entreprises d’import/export ou locales.

Sur le plan économique, les diasporas sont un des premiers acteurs de la solidarité internationale, loin devant les agences de développement et autres acteurs de l’aide publique au développement. Ainsi, les transferts d’argent représentent une ressource en devises essentielle pour les pays d’origine et pour nombre d’entre eux, une part non négligeable de leur PIB. Ils sont l’une des rares ressources stables pour les pays d’origine.

Bien que les tarifs aient baissé ces dernières années, les coûts des transferts de fonds – et les estimations de perte associée pour l’Afrique – restent importants. On observe toutefois une volonté forte des pays africains de faire évoluer leurs cadres institutionnels et normatifs en faveur d’une baisse des coûts des transferts de fonds et de l’investissement de leurs diasporas. Cette évolution s’inscrit dans un contexte dynamique lié à l’attrait des jeunes générations des diasporas pour leur continent d’origine et à la diversification de l’offre de services existante, notamment à travers les outils de la FinTech, d’Internet et des télécommunications.

En Afrique, si l’essentiel de la population ne possède toujours pas de comptes bancaires classiques, une majorité d’individus possède un téléphone portable et/ou un accès régulier à internet. Dans ce contexte de faible inclusion bancaire, le mobile money ne pourrait-il pas devenir une alternative sérieuse à l’offre existante des banques et des opérateurs de transfert de fonds pour les diasporas ?  

Très prisée par les populations africaines, le mobile money s’est imposé localement comme la solution en termes d’accès aux fonds pour les récipiendaires les plus marginalisés (ruraux, femmes, personnes âgées) et le continent possède aujourd’hui le record de pénétration du marché loin devant l’Asie, l’Amérique Latine ou l’Europe. 

Source : http://www.aresandco.com/blog/2020/02/18/diaspora-et-mobile-money/

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