3, place de la Coupole, BP 98
94223 Charenton Cedex, France
Point de vue des économistes

Par ici la monnaie – Petite métaphysique du Fric

Par Paul CLAVIER – Éditions du Cerf – 180 pages

« Qu’est-ce que la monnaie ? un bien réel ou un moyen de paiement ? une réalité en soi, ou le symbole d’une transaction ?  Mais si la monnaie n’est fondamentalement  qu’une  reconnaissance de  dettes, la question est de savoir qui doit quoi et à qui ». 

C’est par ces questions  aussi fondamentales que la philosophie qu’il professe que l’auteur ouvre  sa réflexion qui a toute l’apparence d’une aimable provocation. Mais il n’en est rien car, s’il  s’abstient d’entrer dans le « débat  sans  fin » qui  oppose les partisans et les  adversaires du système monétaire et financier existant,  s’il évacue les considérations trop  techniques, s’il préfère s’interroger sur la réalité à laquelle correspond cette « monnaie » et à quoi elle est employée plutôt que de savoir comment en détail elle est émise,  il n’hésite pas pour autant à examiner les fondamentaux  de l’orthodoxie monétaire :    qui a raison ? entre Marx pour qui « la capacité de l’argent à faire  fructifier sa propre valeur…  est la mystification capitaliste dans sa forme la plus brutale » ou John Maynard Keynes qui ne croit plus à la neutralité de la monnaie et lui reconnaît un rôle  central ou  Jean-Baptiste  Say  qui  considère qu’elle  doit  rester dans son  rôle d’instrument (la voiture) d’échange, ou bien enfin,  ceux qui à l’ image  du professeur Aglietta considèrent que « la monnaie ne fait qu’exprimer l’interdépendance  économique et sociale via l’Etat.

Ces considérations métaphysiques prennent toutes leurs valeurs au moment ou les Banques centrales déversent comme jamais sur l’‘économie « réelle »  des montants de « monnaie » inimaginables, ou les Etats  poussent leur endettement à des niveaux  hier totalement proscrits que  les économistes majoritairement considèrent comme nécessaire.

Cette idée qui monte selon laquelle il est possible de créer ex nihilo de la monnaie pour voler au secours des Etats « non frugaux », que  demain il sera tout à  fait possible d’effacer par un simple jeu d écriture  nos  dettes,  sans  qu’aucun épargnant, ni contribuable n’ait à en  souffrir, a de quoi  faire  frémir, même les  esprits les plus ouverts.

Avec cette question lancinante :  quid de la confiance demain dans la monnaie, base fondamentale de la  théorie de l’échange ? si, par malheur, l’opinion  se mettait à douter brutalement de  sa  valeur, quel en serait le prix  à payer ? Alors sans doute reviendraient comme un boomerang les  questions  qui  fâchent  : que  dois-je ?  moi qui ai  vécu collectivement au-dessus  de mes moyens, en consommant plus que ce que  j’ai su créer en  valeur, grâce à mon surendettement  partagé, que dois-je  à la génération qui me précède ?  que dois-je aux  générations  futures ?  aux puissants ? à la planète ?Une brillante introspection qui ne peut laisser aucun lecteur totalement indemne. Un regard particulièrement précieux sur un sujet dont on parlera (hélas) sans doute de plus en plus.

Paul CLAVIER-professeur de philosophie à l’université de Lorraine, auteur de nombreux travaux.

À propos de l'auteur

Articles

Président en exercice de la Fédération Nationale des Cadres Dirigeants – FNCD – Centre de Réflexion et de représentation des dirigeants salariés qui fédère les principaux réseaux de dirigeants français. Président du Prix Turgot du meilleur livre d’économie financière. Président de l’Association des élèves et anciens élèves de l’Institut de haute finance. Président d’honneur et fondateur du Cercle Turgot : un think tank sur les sujets économiques, financiers, et de société. Auteur et chroniqueur économique, il est journaliste à Canal Académie, la radio internet de l’Institut de France où il anime plusieurs rubriques de littérature économique (Eclairages, au fil des pages, etc.). Autres chroniques sur Revue Banque, Échanges, Revue des Sciences de Gestion, Finyear, La Tribune, etc.
Publications associées
Point de vue des économistes

La Reconquista, la reconquête d'une civilisation perdue

Par le Général Vincent LANATA, Éditions Ovadia – 224 pages Le Général Vincent Lanata, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’Air, grande Croix de la légion d’honneur, s’est aussi fait remarquer par ses talents  d’auteur féru d’histoire. En témoignent ses publications les plus récentes, « Trajectoires » (scudo) où il relate les chemins de sa vie extraordinaire à plus d’un titre, et, « les jours de Mai qui ont fait l’histoire de France» (Odile Jacob)  dans lequel il apporte ses éclairages sur cette étrange profusion d’événements historiques émaillant précisément ce « joli mois de Mai ». De là à penser que, …
En savoir plus, lire la suite
Point de vue des économistes

Religions et Union européenne

Par Philippe GUILLAUME, Authorhouse – 307 pages, 21 euros Partout dans le monde, mais en Europe en particulier, le « Religieux » questionne plus que jamais la laïcité tandis que le radicalisme islamique entretient les peurs du « grand remplacement ». La présence à Bruxelles de représentations officielles de différentes églises auprès de l’Union européenne marque leurs places historiques souvent majeures. L’influence religieuse est un fait incontestable, mais c’est un sujet paradoxalement peu étudié, sans doute laissé pour compte des grandes affaires  géo-stratégiques, économiques et monétaires qui préoccupent l’Union. Le Baron Philippe GUILLAUME, issu d’une vielle lignée de diplomates belges,  …
En savoir plus, lire la suite
Point de vue des économistes

Desprogres revient, ils sont devenus fous !

Il semble que la France soit désormais entrée en dictature : C’est ce qu’on nous dit à longueur de chaînes en continu et c’est incontestable ; d’ailleurs deux experts indépendants, les Présidents Poutine et Xi Ping en sont convenus (ils en rient encore) … Il faut donc, dans l’urgence, apporter une réponse à la hauteur de l’événement et de créer une nouvelle juridiction d’exception, dans le pays de droits de l’Homme : Le haut  tribunal des flagrants délires.  Seront appelés à comparaître celles et ceux dont l’absence manifeste de raison dans leurs  discours, …
En savoir plus, lire la suite