3, place de la Coupole, BP 98
94223 Charenton Cedex, France
Langue française

Challenge

Comme on le sait, les langues française et anglaise, au cours de leur histoire, ont joué une véritable partie de ping-pong lexical au-dessus de la Manche : des mots français sont passés en Angleterre puis en sont revenus.

Le latin caluminiare, dont est issu par calque le verbe calomnier, a donné phonétiquement l’ancien français challengierChallenge en est le déverbal. Il possède dans l’ancienne langue une gamme de sens variés : il désigne notamment en droit une accusation et dans un tournoi, un défi.

Avec la conquête normande, le terme est passé en Angleterre et en anglais, qui a, notons-le, conservé la prononciation française médiévale : challenge.

Le terme a fait retour en français, grâce à la presse sportive, au milieu du XIXe siècle. On relève en effet la forme francisée challenge-coupe, adaptation de l’anglais challenge-cup dans le vocabulaire du journalisme sportif. Ce qui a ouvert la voie à challenge tout court, bientôt rejoint, à la fin du XIXe siècle, par challenger

Au XXe, les deux termes ont échappé au vocabulaire sportif ; on les relève notamment, comme leader, dans le lexique politique.

Que faut-il penser de ce challenge ?

Ne craignons pas d’être peu puriste, et refusons le tchallennnge ! De deux choses l’une. Ou bien on emploie le terme, mais il convient alors de le prononcer à la française, le réintégrant ainsi dans la langue qui l’a formé : un challenge. Ou bien on utilise un autre mot ; dans ce cas, défi, bravade, provocation, voire gageure ne sont pas mal du tout !

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
Publications associées
Langue française

Pognon

Ah ! le superbe mot pognon ! Bien en chair, franc comme l’or, rond comme une pomme : du pognon. En outre, le terme était, vers 1840, fort expressif. Il appartient en effet à la famille du mot poing, qui signifie « la main fermée » Ce terme, il faut le reconnaître, est aujourd’hui moins usité, sauf en locution (coup de poing, dormir à poings fermés), au rebours de ses dérivés poignée et poignet. Il fut toutefois quelque peu revivifié au cours du XIXe siècle grâce à la dérivation populaire ou argotique. …
En savoir plus, lire la suite
Langue française

Magouille

Les affaires, bien sûr, et surtout en français, ce n’est pas de la magouille. La conscience en paix, nous pouvons nous intéresser à ce mot. Magouille est bien joli, mais son origine est obscure ; disons qu’elle est vaseuse. Apparaît tout d’abord, et récemment, vers 1930, le verbe magouiller. C’est peut-être une résurgence (bien tardive, on en conviendra) du gaulois marga, qui désignait la boue. Le terme se retrouve dans des formes dialectales, telles que margouiller « patauger » et margouille, …
En savoir plus, lire la suite
Langue française

Boycott et boycottage

Refusant obstinément de baisser ses loyers, le grand propriétaire terrien irlandais Charles C. Boycott, à l’automne de 1880, ne se doutait pas que son nom passerait à la postérité et dans la plupart des grandes langues. Il fut en effet mis en quarantaine par ses fermiers, bien résolus à le faire céder. La presse anglaise s’empara de l’affaire, formant le verbe to boycott, qui passa presque aussitôt en français, sous la forme boycotter, ainsi que dans les autres idiomes européens. Le fait traduit bien la montée en puissance du journalisme à la fin du XIXe siècle, …
En savoir plus, lire la suite