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Point de vue des économistes

Le triangle nord centraméricain : Guatémala-El Salvador-Honduras, une chance régionale ?

L’Amérique centrale a longtemps occupé la une de l’actualité internationale : « point chaud » de la rivalité Est-Ouest dans les années 1980 (Nicaragua, El Salvador, Guatémala), elle a depuis tenté de construire un retour à la stabilité institutionnelle et une unité régionale au travers du Système d’intégration centraméricain (SICA). Aujourd’hui, Une partie de l’actualité internationale porte actuellement sur l’Amérique centrale : au Guatémala, l’éruption du volcan Fuego a fait des ravages dans dans l’ouest du pays. Le Nicaragua traverse une de ses pires crises politiques et sociales depuis les années 1980. Au Salvador, un ancien Président, Mauricio Funes (2009-2014) est accusé d’avoir détourné près de 351 millions de dollars pendant son mandat. L’Amérique centrale est à la fois une terre de migrants,

Fort de ses  522.000 km2, l’isthme centraméricain regroupe 7 Etats : le Guatémala, le Belize (membre du commonwealth), El Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panama.  Avec une une croissance économique régionale avoisinant les 3%, l’Amérique centrale peut être une zone d’investissement et de services entre l’Amérique du sud et le Mexique. Le PIB  des pays centraméricains (hors Panama) s’élève à 185 Mds USD. Si la dimension régionale est importante pour mieux comprendre l’enjeu stratégique de cette partie du monde, il est important de rappeler qu’elle reste hétérogène, chaque pays offrant une réalité différente de son voisin. Les disparités rentent réelles sur le plan de la taille des marchés, des niveaux de développement socio-économique et des opportunités d’affaires.

Le pays centraméricain le plus peuplé reste le Guatemala qui est la première économie de l’Amérique centrale (68 Mds USD en 2016). Le Costa Rica (58 Mds USD), le Panama (55 Mds USD) et El Salvador (26,7 Mds USD) constituent les autres économies importantes de la région.

Le Guatémala, le Honduras, El Salvador ont constitué une union douanière appelée « Triangle nord ». Ensemble, ces pays représentent 30 Millions de personnes, 70% de la population centraméricaine. 9ème économie d’Amérique latine, Le triangle nord en est le 9ème exportateur et le 4ème en manufactures. Les défis économiques et sociaux sont importants dans une région dont 65% de sa population a moins de 29 ans.

Par exemple, sur le plan économique, le faible coût de la main d’œuvre conduit certains pays à se délocaliser en Amérique centrale : les Etats-Unis renforcent leur présence au travers d’ateliers de confection ou d’activités de service qui restent le cœur du savoir faire de la majorité des Etats centraméricains. La Chine commence à s’implanter tandis que l’Union européenne a établi une coopération régionale depuis les premiers accords de San José en 1983.

Un plan d’Alliance pour la prospérité a été mis sur pied par le Triangle nord. Il vise à une approche globale pour assurer les bases d’un développement économique qui intègre un soutien aux entreprises et à l’appareil productif, tout en appuyant un programme de soutien aux institutions afin de créer une stabilité et sécurité favorables au climat des affaires. L’objectif est ambitieux : il vise à favoriser une croissance du PIB entre 2.4 et 3.5%,  générant la création de 600.000 emplois nouveaux.

Cette dynamique est aussi une réponse au problème des migrants, 9% de la population de cette partie de l’Amérique centrale souhaitant partir et rejoindre majoritairement les Etats-Unis. Depuis les années 1980, cette population établie notamment en Amérique du nord participe activement de l’économie de l’Amérique centrale en transférant une partie de leurs revenus, appelés « remesas » qui constituent une source de revenus importants pour ces pays. Ces transferts ont augmenté ces dernières années et ont atteint 5 Mds USD au Salvador, 8,1 Mds USD au Guatemala, et 4,3 Mds USD au Honduras pour l’année 2017.

Le plan d’Alliance pour la Prospérité vise d’ici 2020 à développer la capacité énergétique de l’Amérique centrale tout en la diversifiant. Il s’agit de doubler la capacité d’interconnexion régionale, passant de 300 MW à 600 MW tout en favorisant de nouvelles sources de production d’énergie.

La construction réhabilitation et maintenance de couloirs routiers prioritaires portent sur 1500 km tandis que 4 ports et aéroports sont concernés par un développement des infrastructures et amélioration. Le soutien a près de 180.000  micro et petites entreprises avec la mise en place d’un fonds de soutien de 900 millions de dollars, l’appui et l’aide à l’insertion de 500.000 familles vulnérables, constituent autant d’actions complémentaires d’un plan qui vise à faire du triangle nord le pôle dynamique d’une région qui est placée sous l’œil de l’actualité internationale par son positionnement stratégique entre le Nord et le sud de l’Amérique.

La France, 5ème fournisseur de la région, 7ème client européen tout autant que l’Europe, 3ème partenaire commercial de l’Amérique centrale peuvent renforcer leurs positions en soutenant la volonté du Triangle Nord d’assumer l’objectif pour lequel il a été crée : tirer vers le haut l’économie des pays membres mais également celle de la région centraméricaine.

À propos de l'auteur

Articles

Promoteur et développeur de projets, manager d’équipes industrielles sur le terrain, Pascal Drouhaud est spécialiste de l’Amérique latine. Il est l’auteur de nombreux articles dans les revues spécialisées sur les questions liées au financement du développement et à l’actualité internationale. Il est régulièrement invité sur le réseau média monde France 24 et RFI afin d’apporter un éclairage sur les sujets économiques et sociaux touchant l’Amérique latine et l’Afrique de l’Ouest. Président de l’association LATFRAN (Amérique latine-France) www.latfran.fr
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