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Langue française

Achalandé

Un jeu auquel je vous invite à vous livrer : demandez à vos confères, à vos amis ce que signifie un magasin bien achalandé. Ils ne manqueront pas de vous répondre: « C’est une boutique bien approvisionnée en marchandises, nombreuses et variées ».

Tel est l’avis quasi général, et peut-être le nouvel usage ; mais cette acception est contraire à l’histoire de la langue.

Qu’est-ce qu’un chaland, quand il ne s’agit pas d’un bateau plat circulant sur un canal ? Longtemps écrit avec un t final, chaland est le participe présent du verbe chaloir. Ce vieux verbe signifiait « importer » ; on le retrouve dans peu me chaut (« peu m’importe »), et dans nonchalant (« insouciant »).

Un chaland en ancien français c’est donc un ami protecteur, un compagnon fidèle, un amoureux, et par suite un client régulier. C’est bien à mes yeux le sens propre de chaland : un bon client.  On peut dire par plaisanterie : cette femme a de nombreux chalands.

Achalander signifie donc « pourvoir un commerce d’une clientèle à la fois abondante et régulière ». Être achalandé, c’est donc bénéficier de nombreux clients.

S’ils sont fidèles c’est sans doute parce que la boutique est bien approvisionnée : on passe ainsi d’un sens à l’autre.

Il faut cependant, je crois, conserver le sens propre d’achalandé. Il est conforme à l’histoire du français ; il peut être encore vivant : l’achalandage, au Québec, c’est tout simplement le shopping.

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
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