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Langue française

Coupe sombre, coupe claire


 Le monde des affaires connaît parfois, malheureusement, des coupes sombres, dans les budgets, voire, hélas, dans le personnel. Leur noirceur n’est pas sans inquiéter ; mais sont-elles plus brutales que les coupes claires ?

Le mot coupe désigne, entre autres, « l’action d’abattre des arbres dans une forêt » : on pratique une coupe. Si celle-ci est effectuée dans les règles et sur une portion de bois déterminée, c’est une coupe réglée. D’où l’expression mettre en coupe réglée, c’est-à-dire tirer parti de façon répétée, et un peu abusive, de quelque chose ou de quelqu’un.

La coupe d’ensemencement ne porte que sur quelques arbres ; elle est faible, destinée à favoriser l’ensemencement naturel. Elle laisse la forêt dans une relative obscurité ; on parle alors de coupe sombre.

En revanche si l’on abat un grand nombre d’arbres, produisant une large arrivée de lumière dans le bois, les forestiers parlent de coupe claire.

C’est donc cette dernière qui est sévère, et que l’on devrait utiliser par image dans un discours volontariste : annoncer des coupes claires dans le personnel d’une entreprise, ou dans son budget.

Le bon usage est donc paradoxal, qui semble utiliser les adjectifs sombre et clair à contre-emploi. Il n’empêche, la coupe sombre est bénigne, la coupe claire dévastatrice.

Afin de s’en souvenir : quand on pratique une coupe claire dans une forêt, on produit une clairière : un espace où ne s’élève plus aucun arbre.

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
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