3, place de la Coupole, BP 98
94223 Charenton Cedex, France
Langue française

Le cas échéant

Afin de comprendre l’emploi de la locution figée le cas échéant, il convient de reprendre les choses d’un peu plus haut. Le latin cadere a donné le verbe français choir, d’usage courant dans l’ancienne langue : il signifiait « tomber ». Pratiquement éliminé par ce dernier verbe, il ne subsiste plus qu’à l’infinitif   (elle m’a laissé choir), et surtout en composition.

On connaît le verbe déchoir, qui signifie « tomber dans un statut inférieur » : on peut accepter sans déchoir ; il est déchu de ses fonctions.

Le verbe échoir est plus rare, et plus technique ; il appartient notamment au lexique du notariat et signifie : « qui advient par l’effet d’une loi ». Albert Camus écrit : un petit héritage lui échut qui venait de sa sœur. D’où l’emploi de ce verbe à propos d’une dette ou d’un règlement qui arrive à sa date : le terme est échu depuis deux mois ; c’est une échéance.

On arrive ainsi au participe présent du verbe échoir qui signifie « qui arrive à son terme », et plus généralement « qui se présente ». On comprend par suite la locution le cas échéant. Elle signifie « si le cas, c’est-à-dire l’éventualité, l’occasion se présente » : nous étudierons, le cas échéant, la réponse à donner ; nous modifierons, le cas échéant, notre stratégie.

Le cas échéant signifie donc de façon figée : si le cas échoit, dans l’éventualité où il échoirait, pour le jour où il échoira. Mais, notons-le, on n’y met pas de grande conviction : sans doute ne désirait-on pas vraiment que le cas échût.

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
Publications associées
Langue française

Pognon

Ah ! le superbe mot pognon ! Bien en chair, franc comme l’or, rond comme une pomme : du pognon. En outre, le terme était, vers 1840, fort expressif. Il appartient en effet à la famille du mot poing, qui signifie « la main fermée » Ce terme, il faut le reconnaître, est aujourd’hui moins usité, sauf en locution (coup de poing, dormir à poings fermés), au rebours de ses dérivés poignée et poignet. Il fut toutefois quelque peu revivifié au cours du XIXe siècle grâce à la dérivation populaire ou argotique. …
En savoir plus, lire la suite
Langue française

Challenge

Comme on le sait, les langues française et anglaise, au cours de leur histoire, ont joué une véritable partie de ping-pong lexical au-dessus de la Manche : des mots français sont passés en Angleterre puis en sont revenus. Le latin caluminiare, dont est issu par calque le verbe calomnier, a donné phonétiquement l’ancien français challengier. Challenge en est le déverbal. Il possède dans l’ancienne langue une gamme de sens variés : il désigne notamment en droit une accusation et dans un tournoi, un défi. Avec la conquête normande, …
En savoir plus, lire la suite
Langue française

Magouille

Les affaires, bien sûr, et surtout en français, ce n’est pas de la magouille. La conscience en paix, nous pouvons nous intéresser à ce mot. Magouille est bien joli, mais son origine est obscure ; disons qu’elle est vaseuse. Apparaît tout d’abord, et récemment, vers 1930, le verbe magouiller. C’est peut-être une résurgence (bien tardive, on en conviendra) du gaulois marga, qui désignait la boue. Le terme se retrouve dans des formes dialectales, telles que margouiller « patauger » et margouille, …
En savoir plus, lire la suite