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Langue française

Conjoncture et conjecture

Ne craignons pas d’être un peu puriste ; à bon escient du moins.

Je n’aime pas, mais alors pas du tout, que l’on confonde la conjoncture et la conjecture.

Certes les deux mots sont savants, et ils se ressemblent ; mais leur emploi et leur sens n’ont aucun rapport.

Dans conjoncture, il y a fondamentalement l’idée de joindre. La conjoncture, c’est au départ la liaison d’événements concomitants, dans une situation donnée. On parle de fatale ou d’heureuse conjoncture ; on traite de la conjoncture politique, syndicale, etc. Cependant, depuis le XXe siècle, le sens de conjoncture s’est précisé ; ce terme désigne habituellement la situation économique ou financière ; on parlera, par exemple, de fléchissement de la conjoncture.

Rien à voir avec la conjecture, qui fut empruntée au XIIIe siècle au latin conjectura, de cum « avec » et jacere « jeter », c’est-à-dire « le fait de jeter ensemble », et donc de combiner dans l’esprit, d’imaginer. Une conjecture, c’est une idée que l’on s’est formée. Si elle n’est pas vérifiée, on parlera de conjecture chimérique, ou gratuite. La conjecture en somme, c’est une hypothèse que l’on forme quand on est dans l’incertitude.

La conjoncture est donc claire : ces deux termes n’ont rien à voir. Pourquoi les confond-on ? Je me perds en conjectures.

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
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