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94223 Charenton Cedex, France
Langue française

Dissous, dissoute ; absous, absoute

En fait ils sont trois mousquetaires, trois dérivés du vieux verbe soudre, du latin solvere, qui signifiait « payer, acquitter, délier » (pensons à solvable).

Résoudre est le plus simple ; il se conjugue assez normalement. Subjonctif présent : je résolve, passé simple : je résolus ; subjonctif imparfait : je résolusse. Son participe est également régulier : résolu(e). 

Mais il s’agit d’un participe refait ; on disait dans l’ancienne langue résous et résoute. On parle encore régionalement en France, et au Québec d’un homme résous, pour signifier qu’il est « décidé, hardi ».

Résoudre fonctionnait donc exactement comme dissoudre et absoudre. Comment ces derniers forment-ils leurs participes ? Bizarrement :

  • au masculin, à partir d’une forme du latin vulgaire, en – solsus. D’où les formes dissous et absous ;
  • au féminin, à partir de la forme du latin classique, en – soluta, devenu –solta. Par suite : dissoute et absoute.  

Telles sont les formes normales du participe passé, distinctes des adjectifs refaits, et dont le sens est fort différent : dissolu et absolu.

Ce ne sont pas les moindres difficultés des verbes dissoudre et absoudre, dans la conjugaison est devenue fort difficile : je dissolvej’absolusse, etc.

Nous ne sommes pas les seuls à nous y perdre. Guillaume Apollinaire a risqué un absolvit, Gérard de Nerval a laissé échapper un absolva, Montherlant un dissolvèrent ; et Victor Hugo un étonnant subjonctif : jusqu’à ce qu’il s’en aille en en cendre et se dissoude.

Que ces maîtres de la langue se soient dissous dans cette conjugaison, c’est plutôt rassurant ; nous sommes absous.

À propos de l'auteur

Articles

Universitaire, Bernard Cerquiglini fut professeur aux universités de Paris, Bruxelles et Bâton Rouge. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Haut-fonctionnaire, il dirigea l'Institut national de la langue française et fut délégué général à la langue française et aux langues de France, puis recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie. Il présente l'émission quotidienne "Merci professeur" sur TV5Monde et est membre de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo).
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