Point de vue des économistes

La République dominicaine, une économie des Caraïbes ouverte sur le monde

Avec ses 48.320 kilomètres carrés et 10.65 millions d’habitants la République dominicaine a voulu réorienter son économie vers les zones franches et le tourisme après avoir longtemps été centrée sur les exportations agricoles.
1ère destination touristique des Caraïbes, ce secteur d’activités emploie près de 300.000 personnes et représente 6.1% du PIB. Ce chiffre pourrait même atteindre 12% si les activités générées par le tourisme dans les activités des transports, de la construction et du commerce y étaient associées. La République dominicaine bénéficie d’importants transferts de fonds, les fameuses « remesas » des dominicains vivant à l’étranger (près de 2 millions de personnes dont plus de la moitié aux Etats Unis).

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Point de vue des économistes

Grèves : quels coûts pour la France ?

Comme cela était malheureusement prévisible, nous re-voilà donc dans un cauchemar qui se rapproche de plus en plus de celui de 1995 : incertitude, attente sur les quais, entassement dans des rames bondées, agressivité des usagers, embouteillages monstres aux abords et au sein des grandes villes, mais aussi baisse de l’activité, commerces désertés, retard dans les livraisons, baisse du moral des ménages et des chefs d’entreprise…

Autrement dit, si l’on voulait casser le peu de croissance qui existe encore dans l’Hexagone, on ne se serait pas pris autrement.

Sans vouloir polémiquer, rappelons simplement qu’un jour de grève nationale représente un coût proche de 2 milliards d’euros, notamment au travers des effets négatifs qu’elle suscite en termes de consommation des ménages et d’activité des entreprises dans l’industrie et les services.

Cette estimation du coût de la grève s’opère comme suit : le PIB français de 2017 est de 2 289,5 milliards d’euros, chaque jour ouvré représentant un PIB d’environ 9,2 milliards. On peut globalement estimer que le coût d’une grève forte représente environ 15 % d’activité en moins au niveau national (dans le commerce, cela peut même atteindre voire dépasser les 40 %), soit un coût d’environ 1,38 milliards d’euros. Autrement dit, si l’on estime que le coût économique nationale d’une journée de grève se situe entre 1 et 1,5 milliard d’euros, nous sommes vraisemblablement proche de la réalité.

Dans ce cadre, nous anticipons que, si les mouvements de grève se poursuivent et a fortiori se généralisent (n’oublions pas que la SNCF, Air France, les contrôleurs aériens, les éboueurs font déjà partie de la « fête »), la variation du PIB français au deuxième trimestre sera proche de 0 %, et ce après une croissance d’environ 0,2 % au premier trimestre.

Autrement dit, si l’acquis de croissance pour 2018 était de 0,9 % en début d’année, la progression effective du PIB français sur l’ensemble de l’année ne devrait pas excéder significativement 1,4 %. Et ce, en faisant l’hypothèse (optimiste ?) que les mouvements de grèves actuels s’arrêteront assez rapidement. Car, si tel n’est pas le cas et que le blocage de l’économie française s’éternise, une baisse du PIB pourrait s’imposer au deuxième trimestre 2018.

Bien entendu, lorsque la grève se termine, un effet de rattrapage de la baisse d’activité passée s’opère mais cette compensation n’est que partielle. En outre et surtout, le véritable coût de la grève réside dans l’affaiblissement de la confiance de l’ensemble des acteurs économiques du pays, ce qui aura cette fois-ci un impact durable sur la croissance nationale.

Le degré de déprime et de décélération de l’activité est évidemment proportionnel à la durée de la grève, mais aussi à l’issue de cette dernière. Ainsi, si le gouvernement lâche du lest, cela amènera d’autres corporatismes à vouloir, eux aussi, bloquer le pays pour obtenir satisfaction. Dès lors, on risque d’observer une multiplication des mouvements sociaux un peu partout dans l’Hexagone. De plus, si le gouvernement cède, il infirme la stratégie de « rupture » sur laquelle Emmanuel Macron a été élu.

Aussi, à côté des drames humains que toute cette décroissance va produire, le retour des grèves pour des raisons aussi banales que la réforme inévitable de la SNCF va encore nuire à la crédibilité de l’économie française en matière de capacité à se réformer. Essayez par exemple d’expliquer à un Allemand, à un Anglais, à un Italien ou encore à un Grec ou à un Espagnol, qui n’a cessé de faire des réformes depuis des années presque sans rechigner, que les Français refusent encore de moderniser leur économie. Essayez de lui expliquer comment une petite frange de la population peut paralyser un grand et beau pays comme la France pour le simple motif qu’il ne faut pas toucher à ses petits avantages. C’est perdu d’avance…

Il faut se rendre à l’évidence : nos voisins européens, qui ont tous fait énormément d’efforts et de sacrifices depuis 2008, ne nous comprennent plus et ne sont plus prêts à accepter les dérives françaises. Il est donc grand temps de parler vrai et de responsabiliser nos concitoyens : en temps de crise, tout le monde doit se retrousser les manches et personne ne doit l’en empêcher. La liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et ce, en particulier dans une économie exsangue, toujours proche de la banqueroute, en dépit des apparences.

C’est là tout le dilemme de l’économie française : il faut la réformer massivement pour qu’elle se redresse vraiment et durablement, mais la moindre réformette génère des mouvements de grèves qui grèvent à leur tour une croissance déjà très molle et incitent par là même les dirigeants du pays à céder aux pressions.

Il n’existe donc qu’une seule solution : engager une vraie et profonde rupture qui certes générera des mouvements sociaux mais qui permettra à l’économie française de nettement se reprendre une fois les grèves passées. Car la grève actuelle finira forcément par prendre fin, mais lorsqu’elle sera terminée la France sera toujours très loin d’être réformée en profondeur, notamment en termes de poids exorbitants de la fiscalité et des dépenses publiques, qui sont évidemment bien plus pénalisants et déterminants que la retraite à 50 ans de certains cheminots.

Pour éviter que l’Hexagone retombe dans l’immobilisme et la léthargie économique, il faut donc absolument arrêter la démagogie et devenir enfin responsable. Il ne s’agit pas simplement d’un problème de bras de fer entre le gouvernement et les syndicats, mais de l’avenir de nos enfants…

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Le Chili veut se transformer en une plateforme économique régionale

La solidité économique du Chili permet au nouveau Président, M. Sébastian PINERA, d’affirmer la volonté de faire du chili une plateforme économique régionale. Membre de l’OCDE, le Chili dispose d’une économie libérale et marquée par le multilatéralisme.
Considérée comme l’une des plus développées des grands pays d’Amérique latine (PIB de 259 Milliards USD en 2017 derrière le Brésil, le Mexique, l’Argentine et au même niveau que la Colombie, le Chili voit ses indicateurs macroéconomiques virer durablement au vert.
Son PIB par habitant est le plus élevé de la région andine. Il est de plus de 14.000 USD (le double de la Colombie et du Pérou). Le Chili est porté par une évolution très favorable des termes de l’échange depuis le début des années 2000. Il a enregistré des performances importantes ces dernières années, avec 4,9% de croissance en moyenne sur la période 2000-2013, supérieures à la moyenne latino-américaine.
Si la croissance s’était ralentie entre 2014 et 2016 pour avoisiner 2% après un ajustement du prix du cuivre (qui représente la moitié de ses exportations), le FMI a annoncé une croissance de 1,7% en 2017 avant un rebond plus net de 3% en 2018 et 3,2% en 2019.

Cette réalité offre au Président PINERA et à ses ministres du pôle économique, parmi lesquels l’excellent Ministre de l’économie et des finances, M. Felipe LARRAIN, l’opportunité de s’inscrire dans la durée et d’offrir à ses partenaires le schéma d’une plateforme régionale.
Le Chili est un pays très marqué par une approche multilatérale. Marché latino-américain et nord américain, Asie-Pacifique, Europe sont les zones habituelles de ses exportations.
Son ouverture commerciale le distingue dans la région, situation renforcée par un climat des affaires attractif et une gestion saine de ses finances publiques. Malgré un creusement du déficit public ces dernières années (-2,9% en 2016), les finances publiques demeurent saines. La dette publique chilienne a atteint 24 % du PIB en 2016 (restant la plus faible du continent latino-américain).
Cette position est consolidée par les avoirs accumulés dans les fonds souverains (fonds de stabilisation alimenté par les recettes du cuivre, et modèle chilien de retraite par capitalisation représentant 95% du PIB). La dette extérieure brute du Chili a atteint 65% du PIB en 2017 . Elle reste largement dominée par la dette des agents privés et des entreprises ( au ¾). Les pressions inflationnistes de 2014 et 2015 se sont atténuées en 2016 (hausse de 2,7%) et 2017 (2,5%) avec une anticipation de 2,4% en 2018.
Sur le plan structurel, le Chili fait face au défi de diversifier ses exportations (le secteur minier capte encore plus de la moitié des IDE). Le taux d’investissement total se situait en moyenne autour de 24% du PIB entre 2011 et 2015, mais autour de 18% en excluant le secteur minier, un chiffre encore peu élevé pour un pays émergent.

La solidité de la position extérieure du Chili est reflétée par sa notation souveraine, AA3 par Moody’s, A+ par S&P et A par Fitch, la plus élevée en Amérique latine. Il jouit également de l’un des plus bas taux de pauvreté du sous-continent (8,9%). Cependant, il reste encore le pays de l’OCDE le plus inégalitaire.
L’économie chilienne est très ouverte aux marchés extérieurs. La part asiatique et Pacifique se taille la part du lion : l’APEC, (Etats-Unis inclus), représentent 69% de ses exportations. 28,5% se font avec la Chine, 8,5% vers le Japon et 6,9% vers la Corée du sud. L’Union européenne représente 12,6% de ses débouchés.
Le Chili est marqué par sa position favorable à la défense du multilatéralisme. Il a signé 26 accords de libre-échange avec 64 économies (représentant 85% du PIB mondial). Il a par exemple, conclu, avec l’Union européenne à partir de 2002, un accord d’association en Amérique latine qui a permis le doublement des échanges entre les deux blocs.
L’Union européenne et le Chili sont convenus de le moderniser en 2018 (1er round de négociation engagé en Janvier dernier).
Autre champ d’action privilégié par le Chili, l’Alliance du Pacifique. Elle regroupe 4 pays latino-américains de la façade pacifique (Chili, Pérou, Colombie et Mexique représentant 40% du PIB du sous-continent). La France en est membre observateur. Cette Alliance a pour objectif, un projet d’intégration régionale incluant la libre circulation des personnes et l’harmonisation réglementaire. Après le retrait des Etats-Unis, le Chili a souhaité réaffirmer l’importance du maintien du Partenariat Transpacifique (TPP 11) dont il a été un des trois membres fondateurs du traité dès 2002.
Sur le plan bilatéral, la France est le 10éme investisseur étranger. Le stock d’investissements directs est de 3,3 milliards € à fin 2016 (supérieur à la Colombie) et indirects d’environ 8 milliards €. Les trois quarts des entreprises du CAC 40 y ont une présence significative au Chili. 240 filiales d’entreprises françaises (troisième position régionale et seconde en Amérique du sud derrière le Brésil) étaient présentes au Chili en 2017 (contre 160 en 2010, soit une progression de plus de 50% en sept ans). Ces filiales ont réalisé en 2016 un chiffre d’affaires d’environ 5,5 milliards d’€ (dont 1 Md € pour Engie) et employaient près de 48.000 personnes (dont 19.000 pour Sodexo, 1er employeur français du pays). 2éme marché d’exportation de la France en Amérique du sud (975 M€ en 2017 en hausse de 37% par rapport à 2016) derrière le Brésil et devant l’Argentine et la Colombie, le Chili est un pays où les entreprises françaises investissent : par exemple Engie (1er marché d’investissement en Amérique latine avec près de 3 milliards USD d’IDE), EDF (1 milliard de stock, second marché d’investissements dans la zone après le Brésil), ADP-Vinci Airport (investissements actuels et à venir de 1 milliard USD dans la concession de l’aéroport de Santiago), Total Solaire (plus de 500 M€), mais aussi Air Liquide (4 unités de production au Chili), Airbus Hélicopters (centre d’assemblage et de maintenance pour le cône sud), L’Oréal (une unité de production), Lactalis (rachat de 4 unités de production de fromages début 2017 pour 100 MUSD) y développent leurs activités.
Plus que jamais, l’ambition du Chili visant à devenir une plateforme régionale est possible. La France peut jouer un rôle important et à travers elle, implanter l’espace francophone dans un pays qui ne cesse de développer ses partenariats internationaux.

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Point de vue des économistes

Crise financière et nouveaux financements

L’instabilité financière des marchés ces dernières semaines est-elle du même type que lors des crises boursières précédentes ? Si certains points sont en effet communs, apparaissent aujourd’hui également de nouveaux risques affectant le lien entre économie réelle actuelle et avenir. Ces risques doivent susciter de nouveaux types de financements des entreprises.

Des marchés financiers qui dévissent, des épargnants ou investisseurs peu rassurés par les mouvements erratiques des indices ? Il est clair que ceux-ci sont le plus souvent annonciateurs de réajustements profonds des valeurs. Sommes-nous devant un nouveau 1987, un autre 1994 ou un remake de 2001 et 2007 ? Souvenons-nous, les deux premières dates ont vu des chutes du marché obligataire qui ont impacté le marché des actions. Il y a bien sûr un risque lié à l’inévitable remontée des taux d’intérêt, qui aura forcément un effet sur les marchés obligataires et générera mécaniquement des pertes, sans doute amorties par la politique monétaire des banques centrales.

Aujourd’hui, les indices boursiers sont au plus haut et, comme on le sait, ce sont les résultats futurs qui font la valeur des actions. Sommes-nous alors à l’aube d’un nouveau 2000, qui a vu l’écroulement des actions de la « nouvelle économie » ?  À l’époque, la plupart d’entre elles n’avaient pas de réalité économique. Cet emballement n’est heureusement plus de mise, même si certains titres ou certaines sociétés n’échapperont pas à une perte de valeur considérable. Mais à de tels niveaux d’indices, alors que le financement obligataire amènera mécaniquement les entreprises à augmenter leurs taux d’émission, il sera également plus difficile de trouver des investisseurs pour de nouvelles émissions sans proposer des conditions favorables au marché. Tous les facteurs seront alors réunis pour un décrochage. Il est vrai que les conditions économiques générales sont favorables sur tous les continents et que, répétons-le, ce sont les rendements futurs qui font les valeurs des actions d’aujourd’hui. Le maintien des cours sera donc permis si les investissements à réaliser dans l’économie réelle par les groupes cotés (et les autres) assurent le maintien, voire l’amélioration des performances futures.

Et nous touchons alors au nœud gordien : si les crises de 2000 et 2007 avaient pour fondements des valeurs trompeuses de sous-jacents, 2018 présente une configuration totalement différente : les nouvelles technologies et leurs fruits créent aujourd’hui des marchés rentables, et semblent donc propres à éviter une nouvelle crise. Ce n’est pas si simple, tant la transformation d’une entreprise classique en une entité intégrant les nouvelles technologies ou les nouvelles énergies dans une nouvelle politique industrielle et commerciale nécessite des investissements considérables. C’est ainsi que le manque de ressources ou le retard d’adaptation causent la marginalisation économique d’anciens géants. Le premier secteur touché est la grande distribution : on voit tous les jours comment les nouvelles technologies rapetissent des titans comme Walmart ou Carrefour face à Amazon, désormais actif dans la logistique réelle et la commercialisation en magasins…

L’industrie classique doit elle aussi se transformer pour éviter d’être un jour ravalée à la sous-traitance pour n’avoir pas su ou pu prendre le train, ou l’électron, à temps. Est-il inimaginable que Tesla fasse de Volkswagen, PSA ou Renault des sous-traitants ? N’oublions pas que Nike ne fait que concevoir ses modèles de chaussures de sport sans en produire aucun… Répondre à la demande et aux nouvelles formes de consommation – usage temporaire des automobiles, autopartage et orientation vers l’électrique, développement accéléré des énergies renouvelables et des technologies à hydrogène, développement et commercialisation accélérés de nouvelles molécules et médications à des prix abordables… – nécessite des investissements colossaux à même d’offrir rapidement économies d’échelle et rentabilité tout en amortissant les anciens modes de consommation ou de production. Pour se développer dans ces nouveaux secteurs, les groupes classiques doivent donc lever des fonds considérables, alors que le recours à la dette obligataire est limité au montant des fonds propres et que les taux d’intérêt sont en augmentation. Par ailleurs, les émissions sont plus difficiles quand le marché est au plus haut et que les actionnaires ne souhaitent pas forcément accompagner une transformation parfois jugée aventureuse. Or, si ces groupes ne s’engagent pas dans cette voie, ce sont leurs prévisions de résultats et donc leur valeur qui en pâtiront, laissant la place aux nouveaux entrants venus des sphères technologiques ou de pays facilitant l’accès aux financements. La marginalisation est au coin du bois…

Il existe pourtant des solutions techniques permettant aujourd’hui aux groupes historiques en transformation de valoriser leur savoir-faire, tout en partageant le risque et les performances de rentabilisation entre actionnaires anciens et nouveaux. Elles permettent aussi de financer sans limite la croissance – et donc l’emploi – si celle-ci est non spéculative et appuyée sur des fondamentaux tangibles. Elles permettent enfin de lever les fonds nécessaires aux nouveaux investissements à un moment où les marchés regorgent de liquidités, tout en augmentant les rendements des actions des entreprises disposant d’un savoir-faire reconnu. Cette potentialité de croissance élevée doit passer par une politique de financement adaptée de l’économie. Seuls de nouveaux sous-jacents financiers peuvent servir l’économie réelle en améliorant en même temps emploi et finances publiques. Ces nouveaux sous-jacents sont prêts.

Issu de travaux financiers indépendants avec le support d’entreprises comme Euronext et Alternext et avec l’accord de bourses comme celle de Luxembourg, un outil de partage de risques – appelé Merchant Tracker – permet, lorsqu’un projet est créateur de valeur mais nécessite de dépasser les ratios d’endettement, de lever les fonds nécessaires en vendant le risque directement au marché financier, tout en continuant à percevoir un rendement sur les marchés commerciaux, en une sorte de nue-propriété contractuelle. Le financement se fait donc sans dilution ni endettement.

L’entreprise est financée par le Merchant Tracker en s’appuyant sur la cession de son stock et du renouvellement adapté de celui-ci, moyennant un taux variable satisfaisant les intérêts des investisseurs et des entreprises cédantes. Tant que l’entreprise est en croissance ou que d’autres investissements lui sont nécessaires pour sa compétitivité future, elle n’a pas besoin de financer ses stocks ou l’usage de ses capacités de production (exemples : les places d’avion, les chambres d’hôtel, mais aussi la production électrique future d’un parc d’éoliennes, le taux d’usage d’un réseau informatique) qui lui sont rachetés par le Merchant Tracker. Il s’agit bien de quasi-fonds propres et non de dette consolidable au regard des normes comptables internationales. Quant au Merchant Tracker, il croît sur le « cluster », la filière économique de l’entreprise, financée avec d’autres opérations en amont ou en aval, créant une valeur future associée à un risque moindre. Ainsi, l’intelligence artificielle sur laquelle il s’appuie permet de financer la transformation nécessaire de groupes classiques ou de PME disposant d’un savoir-faire reconnu, en créant de la trésorerie à partir d’un marché commercial, donc de la valeur future, sans recourir à la spéculation financière. Mieux, la rentabilité des groupes qui partagent le risque avec le marché peut être plus élevée, ce qui protégera ce dernier contre une forte correction à la baisse, tout en préservant les actionnaires historiques. C’est finalement un moyen de financer rapidement et avec des moyens suffisants la transformation énergétique, la mise en place de nouvelles formes commerciales ou la recherche & développement, quelle que soit la taille de l’entreprise. Une voie d’avenir à la croisée des chemins.

Thierry Brutman
tbrutman@hostorg-effekt.com
Conseiller économique
Ancien chargé de cours « Gestion de portefeuilles », Université Paris 2- Assas
CEO EDDA Stock Borse-Hostorg (NLD Group). www.edda-stockborse.com
Le 18.02.2018, © tous droits réservés. Thierry Brutman

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Point de vue des économistes

Argentine : défis et enjeux de la nouvelle ouverture économique

Introduction

Le 10 décembre 2015, M. Mauricio Macri, ancien maire de Buenos Aires,  a officiellement pris ses fonctions de Président de la République argentine, succédant ainsi à 7 années de présidence de Mme Cristina Fernández de Kirchner.

Mauricio Macri accède à la tête de la troisième économie d’Amérique latine isolée des marchés internationaux de capitaux, ravagée par une inflation de plus de 20% et avec un taux de change du peso surévalué.

1) L’alternance et une nouvelle voie économique

C’est la première fois dans l’histoire de la démocratie argentine que le président élu n’est ni péroniste, ni du parti radical. M. Mauricio Macri est le représentant du parti de centre droit libéral « PRO » (Propuesta Republicana, coalition de partis argentins de droite avec le parti radical).

Il hérite d’un bilan lourd qui ne lui permettra pas une grande marge de manœuvre :

  • Une inflation parmi les plus élevées au monde (des estimations privées la mettent à environ 25% par an).
  • Un déficit budgétaire qui a atteint 7% du PIB d’ici la fin de l’année 2015.
  • Un taux d’imposition à des niveaux record en termes historiques.
  • Une banque centrale en faillite, avec une valeur nette négative de 8 600 milliards de dollars.
  • Un marché des changes qui détruit le commerce international et viole les libertés élémentaires.
  • Une dette publique impayée de 10 milliards de dollars environ.

(source :  http://la-chronique-agora.com/argentine-mauricio-macri/ )

Dès l’annonce de sa victoire, le Président Macri a annoncé son intention d’ouvrir le pays au capitaux en levant le contrôle sur les changes et le commerce. Il a mis fin au bras de fer entre l’Argentine et les détenteurs d’obligations souveraines du pays qui, par deux fois, en 2005 et 2010, ont rejeté les rééchelonnements de la dette nationale (il a fait du règlement du contentieux avec les fonds spéculatifs « dits fonds vautours » une priorité). Pour cela, il a créé un gouvernement technique avec des personnalités issues des milieux économiques et de la société civile.

D’autre part, il a rassuré les investisseurs en voulant restaurer le contact avec les Etats-Unis mais aussi l’Europe et les organismes multilatéraux. Sa présence au dernier sommet de Davos, ses rencontres notamment avec le Président Macron, mais également ses visites en République populaire de Chine, en Russie, dans les pays du Mercosur visent à réinsérer l’Argentine dans un tissu économique international indispensable à l’économie de l’Argentine.

2) Quels changements économiques et sociaux 

Dès les premiers mois de son mandat, le Président Mauricio Macri a pris toute une série de mesures qui ont fait l’objet de décrets présidentiels.

Sur le plan économique, M. Mauricio Macri a par décret, supprimé plusieurs impôts :

  • sur l’exportation du blé, du maïs et de la viande
  • sur l’exportation des produits d’extraction minière (or, argent, cuivre, autres métaux)

Il a baissé de 35 à 30% les impôts sur l’exportation du soja.  Parallèlement, il a octroyé une aide de 500 millions de dollars aux industries pétrolières dont Total. Il a volontairement affaibli les ressources de l’Etat dans le but de réduire le poids de la régulation étatique, rompant ainsi avec l’excès d’interventionnisme étatique de la Présidence Kirchner.

Sur le plan social, le Président a suspendu le mécanisme paritaire de négociations salariales pour six mois et indiqué un plafond d’augmentation de 25% en relation à un objectif d’inflation du gouvernement pour l’année 2016.

L’objectif premier des deux premiers mois de la présidence de M. Mauricio Macri a été  de rassurer les investisseurs internationaux et de tourner l’Argentine vers l’extérieur dans l’optique d’arriver à  la résolution du contentieux lié aux fonds spéculatifs.

Le 30 mars 2016, Mauricio Macri a connu sa première victoire politique suite au vote du Congrès adoptant une loi autorisant le gouvernement, à solder, avec des fonds spéculatifs le contentieux sur la dette héritée  de la crise économique de 2001. Cet accord a donné la possibilité à l’Argentine d’en finir avec un conflit qui l’empêchait de lever des fonds sur les marchés internationaux de capitaux .

Après le règlement des dettes vis-à-vis du FMI, de la Banque Mondiale, du Club de Paris et l’indemnisation de Repsol, un solde de tout compte a permis de marquer le retour de l’Argentine.  Ce processus s’inscrit dans la volonté d’une normalisation de l’économie après des années de protectionnisme. Ceci étant, l’inflation, de 25% en 2017, reste le problème majeur de l’Argentine qui renoue avec la croissance (+2.8% en 2017, après une récession pour la période 2014-2016).

3ème économique latino-américaine, l’Argentine se voit fortement encouragée dans ses efforts par la communauté internationale en assumant cette année, la présidence du G20. Sa candidature à l’OCDE, son adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie comme observateur, indiquent la normalisation en cours de ce pays qui a des relations historiques avec la France. L’Argentine est le 3ème partenaire commercial de la France en Amérique latine (1.83 Mds€ en 2016). 250 groupes français sont présents en Argentine  portant la part des investissements à 3.8 Mds€. Les secteurs agroalimentaires (Danone, Lesaffre, Louis Dreyfus), la production automobile (PSA, Peugeot, Citroen, Renault) , les hydrocarbures (Total), la distribution (Carrefour, Casino), la santé (Sanofi ; Aventis ; Servier) , le secteur des cosmétiques (L’Oréal, Pierre Fabre), le tourisme et l’hôtellerie (Accor) constituent autant d’entreprises marquant la présence française en Argentine.

La coopération culturelle et linguistique est emblématique de la force de la relation bilatérale : ce sont 1000 jeunes Argentins qui viennent chaque année étudier en France, autant en Argentine. La coopération scientifique par exemple est marquée par plus d’une centaine de projets de recherche bilatéraux. Des partenariats sont établis dans des domaines divers : ECOS-Sud (mobilité de chercheurs), Bernardo Houssay (mobilité de jeunes doctorants), Saint Exupéry (thèses en cotutelles), BEC-AR (bourses en master.

2018 sera l’année de l’Amérique latine. L’évolution politique du continent et surtout, le retour de la croissance conduisent ce continent, à l’exemple de l’Argentine, à renforcer les échanges dans le continent et sur le plan international. La France et avec elle, l’Europe et l’espace francophone ont un rôle de premier plan à jouer. C’est maintenant, en Amérique latine , que se joue l’avenir.

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