Langue française

Pognon

Ah ! le superbe mot pognon ! Bien en chair, franc comme l’or, rond comme une pomme : du pognon.

En outre, le terme était, vers 1840, fort expressif. Il appartient en effet à la famille du mot poing, qui signifie « la main fermée » Ce terme, il faut le reconnaître, est aujourd’hui moins usité, sauf en locution (coup de poing, dormir à poings fermés), au rebours de ses dérivés poignée et poignet. Il fut toutefois quelque peu revivifié au cours du XIXe siècle grâce à la dérivation populaire ou argotique.

La pogne, tout d’abord, d’origine dialectale, désigne la main. On appelait chez moi un député démagogue Monsieur serre- la-pogne.

Le verbe poigner, ensuite, signifiait « saisir avec le poing ». Sur ce verbe, ou plutôt sur sa variante dialectale pogner, on a formé le substantif pognon, devenu le nom populaire de l’argent. C’est ce qu’on empoigne : faire rentrer le pognon ; garder son pognon ; filer du pognon.

Toutefois le lien de pognon à poing, par le verbe pogner, s’est perdu ; le terme est aujourd’hui démotivé.

Il a rejoint la série des désignations populaires de l’argent qui ont fleuri dans la grande expansion de l’argot, entre la fin du XIXe siècle et les années 1950 : fric, flouze, fraîche, pèze, thune, blé, oseille, pépètes, etc.

Si l’on manque d’argent, on n’est pas dépourvu de termes qui le désignent.

En savoir plus, lire la suite
Langue française

Challenge

Comme on le sait, les langues française et anglaise, au cours de leur histoire, ont joué une véritable partie de ping-pong lexical au-dessus de la Manche : des mots français sont passés en Angleterre puis en sont revenus.

Le latin caluminiare, dont est issu par calque le verbe calomnier, a donné phonétiquement l’ancien français challengierChallenge en est le déverbal. Il possède dans l’ancienne langue une gamme de sens variés : il désigne notamment en droit une accusation et dans un tournoi, un défi.

Avec la conquête normande, le terme est passé en Angleterre et en anglais, qui a, notons-le, conservé la prononciation française médiévale : challenge.

Le terme a fait retour en français, grâce à la presse sportive, au milieu du XIXe siècle. On relève en effet la forme francisée challenge-coupe, adaptation de l’anglais challenge-cup dans le vocabulaire du journalisme sportif. Ce qui a ouvert la voie à challenge tout court, bientôt rejoint, à la fin du XIXe siècle, par challenger

Au XXe, les deux termes ont échappé au vocabulaire sportif ; on les relève notamment, comme leader, dans le lexique politique.

Que faut-il penser de ce challenge ?

Ne craignons pas d’être peu puriste, et refusons le tchallennnge ! De deux choses l’une. Ou bien on emploie le terme, mais il convient alors de le prononcer à la française, le réintégrant ainsi dans la langue qui l’a formé : un challenge. Ou bien on utilise un autre mot ; dans ce cas, défi, bravade, provocation, voire gageure ne sont pas mal du tout !

En savoir plus, lire la suite
Langue française

Magouille

Les affaires, bien sûr, et surtout en français, ce n’est pas de la magouille. La conscience en paix, nous pouvons nous intéresser à ce mot.

Magouille est bien joli, mais son origine est obscure ; disons qu’elle est vaseuse.

Apparaît tout d’abord, et récemment, vers 1930, le verbe magouiller. C’est peut-être une résurgence (bien tardive, on en conviendra) du gaulois marga, qui désignait la boue. Le terme se retrouve dans des formes dialectales, telles que margouiller « patauger » et margouille, « flaque d’eau ». L’idée d’opérations glauques conduites dans la gadoue se comprend bien : pensons à grenouiller, de même sens et de forme voisine. Mais on s’explique mal le passage de margouiller à magouiller, avec chute de la consonne r ; peut-être une influence de manœuvrer.

Magouiller se répandit rapidement dans la langue familière, pour désigner des pratiques malhonnêtes, dans les domaines de la politique, ainsi qu’hélas de certaines affaires.

Malgré sa vivacité le terme ne s’offrit pas sur-le-champ à la dérivation lexicale. On ne dira jamais assez de bien des événements de mai 68 ; ils furent en effet une véritable éclosion lexicale. On vit surgir, et j’en fus témoin, tout un vocabulaire politique rénové. On magouillait beaucoup entre groupuscules rivaux ; on dénonçait par suite les magouilleurs, auteurs d’infâmes magouillages.Ce dernier dérivé eut toutefois moins de succès qu’un déverbal fort réussi et qui depuis a fait son chemin, concurrençant manœuvre et combine : magouille. Nul doute qu’il doit son succès à sa rime puissante : la magouille, c’est le fait des arsouilles et des fripouilles.

En savoir plus, lire la suite