Langue française

Saboter

Dans la trame des mots de la langue courante s’aperçoit l’image de la société ancienne. Prenez les mots saboter et sabotage ; pense-t-on, en les employant, au mot sabot ?

Ils proviennent pourtant de cette chaussure rudimentaire faite de bois. Saboter a signifié, tout naturellement, « fabriquer des sabots » ; le sabotage était alors synonyme de saboterie. Plus intéressant saboter a eu le sens de « faire du bruit avec ses sabots », puis de « marcher lourdement, grossièrement ».

Au sabot s’associe l’idée de naïveté rurale (avoir les deux pieds dans le même sabot),

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Prescription et proscription

Il importe de ne pas confondre la prescription et la proscription.

Le premier est lié au verbe prescrire. Ce dernier provient du latin praescribere, de prae « devant » et scribere « écrire », c’est-à-dire « écrire en tête, mentionner d’avance ». Le verbe prescrire possède deux sens principaux. Tout d’abord, « écrire d’avance » a signifié « libérer quelqu’un d’une obligation au-delà d’un certain temps ». Il peut s’agir d’une dette ou de la possibilité d’être condamné. D’où le sens encore actuel de prescription : on ne peut le mettre en examen, car il y a prescription. D’autre part, « écrire en tête » signifie « ordonner expressément » : la prescription est « ce qui est ordonné », principalement par un médecin.

Proscrire, quant à lui, est issu du latin proscribere, de pro « avant » et scribere. À l’époque romaine proscribere signifiait « mettre un écrit au-devant des yeux, publier par une affiche » et plus précisément « annoncer par affiche la confiscation des biens d’un condamné ». Proscrire a hérité de ce sens technique, puis à partir du XVIIe siècle, il a signifié « chasser quelqu’un » C’est alors un proscrit, victime d’une proscription. Dans la langue usuelle proscription désigne aujourd’hui l’interdiction : proscription d’un mot ou d’un usage.C’est bien là que le bât blesse Dans leurs emplois les plus fréquents, prescription signifie ce que vous ordonne un médecin, proscription ce que vous interdît la grammaire. On voit l’intérêt de ne pas les confondre…

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Comorbidité, cluster, tracking

La crise sanitaire a fait entrer dans la langue commune des termes jusque-là spécifiques à la langue médicale. Ils portent en eux des traits propres à cette langue.

D’une part, un emploi étymologique. C’est le cas de comorbidité, qui peut être mal interprété. Depuis les années 1830, l’adjectif morbide a le sens de « malsain, qui possède un goût pour l’anormal ». Il s’agit toutefois d’un emploi figuré de l’adjectif issu du latin morbidus, « malade », : morbide désigne ce qui est relatif à la maladie. Le substantif morbidité, propre à la langue médicale, se dit de l’ensemble des causes qui peuvent produire une maladie. D’où la comorbidité : une maladie principale est associée à de multiples et spécifiques conditions cliniques.

Le second caractère de ce vocabulaire d’origine médicale est sa nette anglicisation, qui peut répandre des emprunts. Ainsi cluster, qui désigne en anglais une grappe, et qui a pris le sens de « regroupement dans le temps et l’espace de cas d’une maladie ». L’équivalent français est évident : foyer épidémique, foyer d’infection ou foyer tout court : le terme est transparent.

De même, pour désigner une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées, la langue technique use volontiers de l’anglais tracking.  Le français traçageest d’autant plus préférable que nous employons déjà la traçabilité, parcours des objets et des marchandises du producteur au consommateur.Il ne s’agit pas de purisme, mais d’usage partagé de la langue. Pourquoi une notion qui a des incidences sur la vie de chacun, sur la santé d’une population, voire sur les libertés publiques, serait-elle exprimée par un anglicisme opaque ?

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Faut-il dire le ou la covid 19 ?

Covid est l’acronyme de corona virus disease. On ajoute 19 à cause de la date de sa découverte : 2019.

Les acronymes prennent en général le genre du nom qui constitue le centre de l’expression qu’ils abrègent.  On dit ainsi la S.N.C.F., pour la Société nationale des chemins de fer français). Quand il s’agit d’acronymes anglais, on procède par traduction. On dit le FBI, pour Federal Bureau of Investigation, bureau se traduisant aisément par bureau. Mais ce sera la CIA, pour Central Intelligence Agency, du fait de la transposition d’agency  en agence.

Corona virus disease signifie « la maladie du virus corona ».  Le terme important est disease, que l’on traduit naturellement par le féminin maladie. Il faudrait donc dire la covid 19 : c’est une maladie.

Telle est l’argumentation de l’Académie française ; elle est impeccable.

Le problème est que l’emploi au masculin est généralisé. Pourquoi ? Parce qu’on a parlé d’abord ducorona virus (qui est un virus). Puis, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque.

Au Canada, toutefois, où la confrontation du français et de l’anglais est quotidienne, on entend la covid 19 ; c’est notamment le genre qu’emploient de préférence les journalistes.  

L’Académie française réussira-t-elle ? Les chaînes publiques semblent avoir opté pour la Covid.  L’Académie parviendra-t-elle à corriger l’usage français au nom d’un emploi québécois ? Ce serait vraiment un scoop. Oh ! pardon : une primeur.

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Résilience

Le verbe latin resilire était formé du préfixe re-, « en arrière » et de salire, « sauter ». Il signifiait « sauter en arrière, rebondir ». Resilire eut en français une double postérité.  D’un côté la résiliation, de l’autre la résilience ; ne les confondons pas.
En latin juridique, resilire avait pris le sens de « renoncer ». A la Renaissance, le français des juristes en a fait le verbe résilier, qui signifie « mettre fin à un contrat, une convention ». D’où la résiliation, et l’adjectif résiliable.
Par ailleurs, au XVIIe siècle, la langue anglaise, sur le participe présent latin resiliens, « bondissant », a fait l’adjectif resilient, de même sens, puis qui s’est dit d’un métal présentant une résistance au choc. Le substantif dérivé, resilience, a désigné la résistance aux chocs d’un matériau. Ils sont passés en français au début du XXe siècle. Nos résilient et résilience sont donc des anglicismes ! 
On les a employés longtemps en physique des matériaux. Ils y désignent proprement la capacité à revenir à sa forme antérieure, après une pression, un choc : on parle d’un coefficient de résilience
C’est dans cet emploi que, dans les années 1990, Boris Cyrulnik a importé le terme en psychologie, pour désigner la capacité d’un être à surmonter les chocs traumatiques de sa psyché. Par extension, résilience se dit de la force morale d’une personne qui ne se décourage pas. Par exemple : « Dans ce deuil, elle a su faire preuve d’une grande résilience ». 
Mais n’oublions pas le sens propre : la résilience, c’est la capacité de se reconstruire, que l’on soit un matériau ou un humain, de revenir à sa forme antérieure. On parle beaucoup de résilience, actuellement. Mais après cette pandémie, doublée d’une récession, serons-nous vraiment comme avant ? Evoquer notre résilience ne manque pas de courage, – mais fait preuve d’un grand optimisme.

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